SCÈNE III Un chemin creux dans une forêt. — Le point du Jour
FRANK^ assis sur l^herbe.
Et quand tout sei-a dit, — quand la triste demeure De ce malheureux Frank, de ce vil meudiauV^ Sera tombée eu poudre et dispersée au N'euV,
Lui, que deviendra-t-il ? — Il sera temps qu'il meure ! Et s'il est jeune encor, s'il ne veut pas mourir? Ail ! massacre et malheur ! que vais-je devenir ?
Il s'endort.
UNE VOIX^ dans un songe.
Il est deux routes dans la vie :
L'une solitaire et fleurie,
Qui descend sa pente chérie
Sans se plaindre et sans soupirer.
Le passant la remarque à peine,
Comme le ruisseau de la plaine.
Que le sable de la fontaine
Ne fait pas même muimurer.
L'autre, comme un torrent sans digue,
Dans une éternelle fatigue,
Sous les pieds de l'enfant prodigue
Roule la pierre d'Ixion.
L'une est bornée, et l'autre immense ;
L'une meurt où l'autre commence ;
La première est la patience,
La seconde est l'ambition.
FRANK, rêvant.
Esprits ! si vous venez m'annoncer ma ruine,
Pourquoi le Dieu qui me créa Fit-il, eu m'animant, tomber sur ma poitrine L'étincelle divine Qui me consumera ?
Pourquoi suis-je le feu qu'un salamandre habite ? Pourquoi sens-je mon cœur se plaindre et s'étonner,
LA COUPE Eï LES LÈVRES. 237
Ne pouvant contenir ce rayon qui s'agite, Et qui, venu du ciel, y voudrait retourner ?
LA VOIX
Ceux dont l'ambition a dévoré la vie, Et qui sur cette terre ont cherché la grandeur, Ceux-là, dans leur orgueil> se sont fait un honneur De mépriser l'amour et sa douce folie.
Ceux qui, loin des regards, sans plainte et sans désii*s. Sont morts silencieux sur le c(H*ps d'une femme, 0 jeune montagnard, ceux-là, du fond de l'âme. Ont méprisé la gloire et ses tristes plaisirs.
FRANK
Vous parlez de grandeur et vous parlez de gloire. Âurai-je des trésors ? l'homme dans sa mémoire
Gardera-tf>il mon souvenir ?
Répondez, répondez avant que je m'éveille.
Déroulez-moi ce qui sommeille
Dans l'océan de l'avenir!
LA von:
Voici l'heure où, le cœur libre d'inquiétude. Tu te levais jadis pour reprendre l'étude. Tes pensers de la veille et tes travaux du jour. Seul, poursuivant tout bas tes chimères d'amour, Tu gagnais lentement la maison solitaire Où ta Déidamia veillait près de sa mère. Frank, tu venais t'asseoir au paisible foyer, Raconter tes chagrins, sinon les oublier. Tous deux sans espérance, et dans la solitude. Enfants, vous vous aimiez, et bientôt VUaAAvwÔL^
Tous les jours, malgré toi, t'enseigna ce chemin ; Car l'iiabitude est tout au pauvre cœur humain .
FRANK
Esprits, il est trop tard, j*ai brûlé ma chaumière !
lA VOIX.
Repens-toi ! repens-toi !
FRANK
Non! non! j*ai tout perdu.
LA VOIX
Repens-toi ! repens-toi 1
FRANK
Non I j'ai maudit mon père.
LA VOIX
Alors, lève-toi donc, car ton jour est venu.
Ijt soleil paraît; Fruika^éretUe; Stranlo» Jeune palatin, et sa maîtresse, Moana Belcolore, passent à cbetal. STRANIO.
Holà ! dérange-toi, manant, pour que je passe.
FRANK
Attends que je me lève, et prends garde à tes pas.
STRANIO.
Chien, lève-toi plus vite, ou reste sur la place.
Tout beau, l'homme à cheval, tu ne passeras pas. Dégaine-moi ton sabre, ou c'est fait de ta vie. Allons, pare ceci.
Ils se battent. Stranio tombe.
BELCOLORE.
Comment t'appelles-tu ?
FRANK
Charles Frank.
BELCOLORE.
Tu me plais, et tu Tes bien battu.
Ton pays?
FRANK
LeTyrol.
BELCOLORE.
Me trouves-tu jolie ?
FRANK
Belle oororae un soleil.
BELCOLORE.
J*ai dix-huil ans, — et toi ?
FRANK
Vingt ans.
BELCOLORE.
Monte à cheval, et viens souper chez moi. Exeunt.