‹ PoésiesChapitre 46 sur 142 · SCÈNE III Un chemin creux dans une forêt. — Le point du Jour · texte numérisé non relu

SCÈNE III Un chemin creux dans une forêt. — Le point du Jour

FRANK^ assis sur l^herbe.

Et quand tout sei-a dit, — quand la triste demeure De ce malheureux Frank, de ce vil meudiauV^ Sera tombée eu poudre et dispersée au N'euV,

Lui, que deviendra-t-il ? — Il sera temps qu'il meure ! Et s'il est jeune encor, s'il ne veut pas mourir? Ail ! massacre et malheur ! que vais-je devenir ?

Il s'endort.

UNE VOIX^ dans un songe.

Il est deux routes dans la vie :

L'une solitaire et fleurie,

Qui descend sa pente chérie

Sans se plaindre et sans soupirer.

Le passant la remarque à peine,

Comme le ruisseau de la plaine.

Que le sable de la fontaine

Ne fait pas même muimurer.

L'autre, comme un torrent sans digue,

Dans une éternelle fatigue,

Sous les pieds de l'enfant prodigue

Roule la pierre d'Ixion.

L'une est bornée, et l'autre immense ;

L'une meurt où l'autre commence ;

La première est la patience,

La seconde est l'ambition.

FRANK, rêvant.

Esprits ! si vous venez m'annoncer ma ruine,

Pourquoi le Dieu qui me créa Fit-il, eu m'animant, tomber sur ma poitrine L'étincelle divine Qui me consumera ?

Pourquoi suis-je le feu qu'un salamandre habite ? Pourquoi sens-je mon cœur se plaindre et s'étonner,

LA COUPE Eï LES LÈVRES. 237

Ne pouvant contenir ce rayon qui s'agite, Et qui, venu du ciel, y voudrait retourner ?

LA VOIX

Ceux dont l'ambition a dévoré la vie, Et qui sur cette terre ont cherché la grandeur, Ceux-là, dans leur orgueil> se sont fait un honneur De mépriser l'amour et sa douce folie.

Ceux qui, loin des regards, sans plainte et sans désii*s. Sont morts silencieux sur le c(H*ps d'une femme, 0 jeune montagnard, ceux-là, du fond de l'âme. Ont méprisé la gloire et ses tristes plaisirs.

FRANK

Vous parlez de grandeur et vous parlez de gloire. Âurai-je des trésors ? l'homme dans sa mémoire

Gardera-tf>il mon souvenir ?

Répondez, répondez avant que je m'éveille.

Déroulez-moi ce qui sommeille

Dans l'océan de l'avenir!

LA von:

Voici l'heure où, le cœur libre d'inquiétude. Tu te levais jadis pour reprendre l'étude. Tes pensers de la veille et tes travaux du jour. Seul, poursuivant tout bas tes chimères d'amour, Tu gagnais lentement la maison solitaire Où ta Déidamia veillait près de sa mère. Frank, tu venais t'asseoir au paisible foyer, Raconter tes chagrins, sinon les oublier. Tous deux sans espérance, et dans la solitude. Enfants, vous vous aimiez, et bientôt VUaAAvwÔL^

Tous les jours, malgré toi, t'enseigna ce chemin ; Car l'iiabitude est tout au pauvre cœur humain .

FRANK

Esprits, il est trop tard, j*ai brûlé ma chaumière !

lA VOIX.

Repens-toi ! repens-toi !

FRANK

Non! non! j*ai tout perdu.

LA VOIX

Repens-toi ! repens-toi 1

FRANK

Non I j'ai maudit mon père.

LA VOIX

Alors, lève-toi donc, car ton jour est venu.

Ijt soleil paraît; Fruika^éretUe; Stranlo» Jeune palatin, et sa maîtresse, Moana Belcolore, passent à cbetal. STRANIO.

Holà ! dérange-toi, manant, pour que je passe.

FRANK

Attends que je me lève, et prends garde à tes pas.

STRANIO.

Chien, lève-toi plus vite, ou reste sur la place.

Tout beau, l'homme à cheval, tu ne passeras pas. Dégaine-moi ton sabre, ou c'est fait de ta vie. Allons, pare ceci.

Ils se battent. Stranio tombe.

BELCOLORE.

Comment t'appelles-tu ?

FRANK

Charles Frank.

BELCOLORE.

Tu me plais, et tu Tes bien battu.

Ton pays?

FRANK

LeTyrol.

BELCOLORE.

Me trouves-tu jolie ?

FRANK

Belle oororae un soleil.

BELCOLORE.

J*ai dix-huil ans, — et toi ?

FRANK

Vingt ans.

BELCOLORE.

Monte à cheval, et viens souper chez moi. Exeunt.

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