SCÈNE PREMIÈRE Un salon
FRANK, devant une table chargée d'or.
De tous les (ils secrets qui font mouvoir la vie,
0 toi, le plus subtil et le plus merveilleux !
Or ! principe de tout, lanne au soleil ravie !
Seul dieu toujours vivant, parmi tant de faux dieux !
Méduse, dont l'aspect change le cœur en pierre,
Et fait tomber en poudre aux pieds de la rosière
La robe d'innocence et de. virginité ! -7-
Sublime corrupteur ! — Clef de la volonté ! —
Laisse-moi t'admirer ! — parle-moi, — viens me dire
Que l'honneur n*est qu'un mol, que la vertu n'est rien !
Que, dès qu'on te possède, on est homme de bien ;
Que rien n'est vrai que toi ! — Qu'un esprit en délire
Ne saurait inventer de rêves si hardis.
Si monstrueusement en dehors du possible.
Que tu ne puisse encor sur ton levier terrible
Soulever l'univers, pour qu'ils soient accomplis !
— Que de gens cependant n'ont jamais vu qu'en songe ■
Ce que j'ai devant moi ! — Comme le cœur se plonge
LA COUPE ET LES LÈVRES. 2ftl
Avec ravissement dans un monceau pareil ! — Tout cela, c'est à moi ; — les sphères et les mondes Danseront un millier de valses et de rondes, Avant qu'un coup semblable ait lieu sous le soleil * . Ah ! mon cœur est noyé ! — Je commence à comprendre Ce qui fait qu'un mourant que le frisson va prendre A regarder son or trouve encor des douceurs. Et pourquoi les vieillards se font enfouisseurs.
Ck>mptant.
Quinze mille en argent, — le reste en signature. C'est un coup du destin. — Quelle étrange aventure ! Que ferais-je aujourd'hui, qu'aurais-je fait demain. Si je n'avais trouvé Stranio sur mon chemin ? Je tue un grand seigneur, et lui prends sa maîtresse; Je m'enivre chez elle, et l'on me mène au jeu ; A jeun, j'aurais perdu, — je gagne dans l'ivresse; Je gagne, et je me lève. — • Ah! c'est un coup de Dieu.
Il oavre la fenêtre.
Je voudrais bien me voir passer sous ma fenêtre Tel que j'étais hier — Moi, Frank, seigneur et maître De ce vaste logis, possesseur d*un trésor. Voir passer là-dessous Frank le coureur de lièvres, Frank le pauvre, l'œil morne et la faim sur les lèvres. Le voir tendre la main et lui jeter cet or. Tiens, Frank, tiens, mendiant, prends cela, pauvre hère.
Il prend une poignée d'or.
Il me semble, en honneur, que le ciel et la terre
' La terre pourra faire plus de mille danses, clc.» <î\^. f. \VS
2ft2 POÉSIES.
Ne sauraient plus m'offrir q[ue ce qui me convient, Et que depuis hier le monde m'appartient.
ExU.