SCENE III La nuit. -* Une terrasse au bord d'un chemin
«ONNA BELCOLORE, FRANK, assis dans un kiosque.
BELCOLORE. .
, 6 pâle jeune homme, épargne ta faiblesse, jusqu'à demain ton cœur sur ta maîtresse ; rce t'abandonne, et le jour va venir, tes beaux yeux bleus sont las, — tu vas dormir.
FRANK
) jour ne vient pas, — non, je veille et je brûle ! ilor, le feu dans mes veines circule, lur languit d'amour, et si le temps s'enfuit, nporte ce ciel, et son. jour et sa nmi?
BELCOLORE.
\o, mon Carlo, ta tête cViaxice\a\i\ft
Wk
loi-
: m&2 n Hffl
Va tomber dans mes jnainSï sur ta coupe Imil, Tu l'endors, lii te nrw?ursT tu t'enfuis iûin de m Mil lAthe eETémïnéf tu reudorst malgit; toi
FRANK
Oui^ le jour va venir, — 0 ma hêlle maîti Je me meuï'a; oui^ je suissaii» force! et Rans jei ï'iie nmLre de moî-métne, un reste, nn vain i Va qni^lqiiefois h nnit mon speclie m'apparaît Mon Dieu! si jeune hier, anjourd'litii je sueco C>sltoiq\ii m'as tu é^ ton beau trQqï5 rst Mes baisera eut la lèvre en ont tiaé Eo sçuil De tes lûtigs cheveiiit noirs lu m*a* fait un Éloipié ces flambeaux, — entr'ou^n^ la fenétn Laisse entrer le boIpiIj c'est mon <lernier peut-^ Laisse-moi le cbercher, taÎ5se-moi dire adieu A ce beau ciel si pur qu'il a fait croire en Dît BELCOLORE,
Pourquoi me gardes-tTi» si c'est moi qui le tm Et si tu le crois mort pour deux tmîts de plais
FRANK
Tons les amants heureux ont parlé de mourir. Tôt, me tuer mon Dieu! Bu jour oit je t'ay|| Ma vie a commencé ; le reste n'était rien ; I Et mon tivur n'a jamaît battu que sur le tien. Tu m*as fait ricbe, ]ieureu3E, lu m'as ouvert l HegardCj ô mon amour I queUe superbe imil I Devant de tels témoins, qu'imporie ce qu'on ( Pour\'u que Tâme j^ûvle, et quo l'âme répoiide L'auge des nuits rl'amour est un anfle mtiPt
BELCOLORE.
ien as-tu gagué ce soir au lansquenet f
FRANK
porte ? Je ne sais. — Je n'ai plus de mémoire, is, — viens dans mes bras, — laisse moi t'admirer. — réreille-moi, — contennoi ton histoire. — i superbe nuit ! je suis prêt à pleurer.
BELCOLORE.
veux t* éveiller, dis-moi plutôt la tienne.
M)mmes trop heureux pour que je m*en souvienne.
lirais-je, d'ailleurs? Gecpii fait les récits,
Ht des actions, des périls dont l'empire
vace et résiste à l'heure des oublis.
noi qui n'ai rien vu, rien fait, qu'ai-je à te dire ?
oire de ma vie est celle de mon cœur ;
un pays étrange où je fus voyageur.
loutiens-moi le front, la force m'abandonne !
, parle, je veux t'entendre jusqu'au bout.
s, un beau baiser, et c'est moi qui le donne,
liser pour ta vie et qu'on me dise tout.
BELCOLORE^ soupirant, e n'ai pas toujours vécu comme l'on |)ense, mille était noble, et puissante à Florence. >us a ruinés ; — ce n'est que le malheur l'a forcée à vivre aux dépens de rhonneui... X£ur n'était pas fait...
FRANK^ se détournant*
Toujours la même Kv^V»v\«.\ peut'^lre ici la vingtième catiu
A qui je la demande, et toujours ce refrain ! Qui donc ont-ellfs vu d'assez sot pour y croire ? Mou Dieu ! dans quel bourbier me suis-je donc jeté ? J'avais cru celle-ci plus forte, en vérité 1
BELCOLORE.
Quand mon père mourut...
Assez, je t'en supplie.
Je me ferai conter le reste par Julie Au premier carrefour où je la trouverai.
Tous deux restent en silence quelque temps-. Dis-moi, ce fameux jour que tu m'as rencontré, Pourquoi, par quel hasard, — par quelle sympathie. T'es-tu de m'emmener senti la fantaisie ? J'étais couvert de sang, poudreux, et mal vêtu.
BELCOLORE.
Je te l'ai déjà dit, tu t'étais bien battu.
FRANK
Parlons sincèrement, je t'ai semblé robuste. Tes yeux, ma chère enfant, n'ont pas deviné juste. Je cothprends qu'une femme aime les portefaix ; C'est un goût comme un autre, il est dans la nature. Mais moi, si j'étais femme, et si je les aimais. Je lierais pas chercher mes gens à l'aventure ; J'irais tout simplement les prendre aux cabarets; J'en ferais lutter six, et puis je choisirais. Encore un mot : cet homme à qui je t'ai volée T'entretenait sans doute, — il était ton amant. BELCOLORE.
Oui.
FRANK
— Cette affreuse mort ne t*a pas désolée ? Cet homme, il m'en souvient, râlait horriblement. L'œil gauche était crevé, — le pommeau de Tépée Avait ouvert le front, — la gorge était coupée. Sous les pieds des chevaux Thomme était étendu. Gomme un lierre arraché qui rampe et qui se traîne Pour se suspendre encore à Pécorce d'un chêne. Ainsi ce malheureux se traînait suspendu Aux restes de sa vie. — Et toi, ce meurtre infâme Ne t'a pas de dégoût levé le cœur et Tâme ? Tu n'as pas dit un mot, tu n'as pas fait un pas 1
• BELCOLORE.
Prétends-tu me prouver que j'aie im cœur de pierre.'
FRANK
Et ce que je te dis ne te le lève pas !
BELCOLORE.
Je hais les mots grossiers, — ce n'est pas ma manière. Mais quand il n'en faut qu'un, je n'en dis jamais deux. Frank, tu ne m'aimes plus.
FRANK
Qui ? moi ? Je vous adore.
J'ai lu, je ne sais où, ma chère Belcolore, Que les plus doux instants pour deux amants heureux, Ce sont les entretiens d'une nuit d'insomnie. Pendant l'enivrement qui succède au plaisir. Quand les sens apaisés sont morts pour le désir ; Quand, la main à la main, et l'âme à l'âme unie. On ne fait plus qu'im être, et qu'on sent s'élever Ce parfum du bonheur qui fait longtemps Tè\«x\
Quaud l'amie, eu preuaut la place de l'amaute, Laisse sou bieu-aimé regarder dans son cœur, Comme une fraîche source, où l'onde est confiante, Laisse sa pureté trahir sa profondeur.
C'est alors qu'on connaît le prix de ce qu'on aime, Que du choix qu'on a fait ou s'estime soi-même. Et que dans un doux songe on peut fermer les yeux ! N'est-ce pas, Beloolor ? n'est-ce pas, mon amie ?
BELCOLOAE.
Laisse-moi.
N'est-ce pas que nous sonmies heureux ? — Mais, j'y pense ! — Il est temps de régler notre vie ; Conmie on ne peut compter sur les jeux de hasard, Nous pij)erons d'abord quelque honnête vieillard. Qui fournira le vin, les meubles et la table Il gardera la nuit, et moi j'aurai le jour. Tu pourras bien parfois lui jouer quelque tour. J'entends quelque bon tour, adroit et profitable. Il aura des amis que nous pourrons griser; Tu seras le chasseur, et moi, le lévrier. Avant tout, pour la chambre, une fille discrète , Capable de graisser une porte secrète, Mais nous la paierons bien; aujourd'hui tout se vend. Quant à moi, je serai le chevalier servant. Nous ferons à nous deux la perle des ménages.
BELCOLORE.
Ou tu vas en finir avec tes persiflages. Ou je vais tout à l'heui-e en finir avec toi.
-tu faire la paix? Je ne suis pas boudeuse, us, viens m'embrasser.
FRANK
Cette fille est hideuse...
Dieu, deux jours plus tard, c'en était fait de moi ! i s'appuyer sur la terrasse ; un soldat passe à cheval sur la route
LE SOLDAT^ chantant.
Un soldat qui Ta son chemin
Se moque du tonnerre.
Il tient son sabre d'une main,
Et de Tautre son Terre.
Quand il meurt, on le porte en terre
Gomme un seigneur* Son cœur est à son amiCf Son bras est à sa patrie.
Et sa tête à Tempereur.
FRANK ^ l'appelant.
Tami ! deux mots. — Vous semblez un compère )nne contenance et de joyeuse humeur, iraves compagnons vont-ils entrer en guerre? quelle place forte est donc votre empereur?
LE SOLDAT
irens. — Dans deux jours nous serons en campagne, joins de ce pas ma corporation.
FRANK
c-vous de la plaine, ou bien de la montagne? aissez-vous mon père, et savez-vous mon nom?
LE SOLDAT
je vous connais bien. — Vous êtes du village -vis le moulin. — Que Caites-vous donc là ? s-vous avec nous?
FRANK
Oui, certe, et me voilà.
Il descend dans le chemin.
Je ne me suis pas mis en habit de voyage ; Vous me prêterez bien un vieux sabre là-bas?
A Belcolore* Adieu, ma belle enfant, je ne souperai pas.
LE SOLDAT
On vous équipera. — Montez toujours en croupe. Parbleu ! compagnon Frank, vous manquiez à la troupe. Ah ! çà ! dites-moi donc, tout en nous en allant, S'il est vrai qu*un beau soir...
Ils partent an galop. BELCOLORE y sur le balcon.
Je l'aime cependant.