SCÈNE II FRANK, GUNTHER, restés seul
GUNTHER
Ne les suivez- vous pas, seigneur, sous ce portique? 0 mon maître, au milieu d'une fête publique, ' Qui d'un si juste coup frappe nos ennemis. Avez- vous distingué le cœur de vos amis? Hélas! les vrais amis se taisent dans la foule; Il leur faut, pour s'ouvrir, que ce vain flot s'écoule. 0 mon frère, ô mon maître ! ils t'ont proclamé roi ! Dieu merci, quoique vieux, je puis encor te suivre, Jeune soleil levant, si le ciel me fait vivre. Je ne suis qu'un soldat, seigneur, excusez-moi. Mon amitié vous blesse, et vous est importune. Ne partagez-vous point l'allégresse commune ? Qui vous arrête ici ? Vous devez être las. La peine et le danger font les joyeux repas. LE CHŒUR^ dans la maisons .
Chantons, et faisons vacarme, ^mme il convient à de dignes buveurs.
LA COUPE ET LES LÈVIiES. 255
Vivent ceux que le vin désarme!
Lé» jours de combat ont leur charme ; Mais la paix a bien ses douceurs.
GUNTHER
seigneur, mon cher seigneur, pourquoi ces regards sombres? ^e vin coule et circule. — Entendez-vous ces chants ? )es convives joyeux je vois flotter les ombres, )errière ces vitraux de feux resplendissants.
LE CHŒUR> à la fenêtre.
Prank, pourquoi tardes^tu? — Gunther, si notre troupe Se fait pas, sous ce toit, peur à vos cheveux blancs, ^yez le bienvenu pour vider une coupe, ^ous sommes assez vieux pour oublier les ans.
GUNTHER
La pâleur de la mort est sur votre visage, Seigneur, — D*un noir souci votre esprit occupé Méconnaît-il ma voix ? — De quel sombré nuage Les rêves de la nuit Tont-ils enveloppé?
FRANK
Fatigué de la route et du bruit de la guerre, Ce matin de mon camp je me suis écarté : J'avais soif; mon cheval marchait dans la poussière; Et sur le bord d'un puits je me suis arrêté. J'ai trouvé sur un banc une femme endormie. Une pauvre laitière, une enfant de quinze ans, Que je connais, Gunther. — Sa mère est mon amie, J'ai passé de beaux jours chez ces bons paysans. Le cher ange dormait les lèvres demi-closes. — (Les lèvres des enfants s'ouvrent, comme les roses. An souffle de la nuit.) — Ses petits bra* W»e.%
Aillent dans Mm panier roulé lea mains ouvortes.
D'herbes et d'églantines dles étaient couirertes.
De quel rére enfuitin ses sens étaient bercés,
Je Tignore. — On eût dit qu'en Umbant sur sa eoncbe,
Elle a^ait à moitié laissé quelque chanson.
Qui revenait encor voltiger sur sa bouche,
Gomme un oiseau léger sur la fleur d'un buisson.
Nous étions seuls. J'ai pris ses deux mains dans lesmiemies.
Je me suis incliné, — sans l'éveiller pourtant. —
0 Gunther ! j'ai posé mes lèvres sur les siennes,
Et puis je suis parti, pleurant comme un i