‹ PoésiesChapitre 62 sur 142 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Une petite chambre.

FRANK, DÉIDAMIA.

FRANK

S attendu, ma petite Mamette !

ais jour par jour dans ton cœur et ta tête ■> là, debout, sur ton seuil entr'ouvert. DÉIDAMU.

mon ami, Mamette a bien souffert I

FRANK, ts s'envolaient, — et l'aurore et la bnine valent toujours sur ce chemin perdu, le était bien loin. — Toi, comme la fortune^ ; à sa porte, — et lu m*as aUeti<V\\\

DÉIDAMU.

Comme vous voilà pâle et la voix altérée ! Mon Dieu I qu'avez-vous fait si loin et si longtem]»? Ma mère, savez-vous, était désespérée.

Mais vous pensiez à nous quand vous aviez le temps?

FBANK.

J'ai connu dans ma vie un pauvre misérable Que l'on appelait Frank, — un être insodable, Qui de tous ses voisins était l'aversion. La famine et la peur, sœurs de l'oppression, Vivaient dans ses yeux creux ; — la maigreur dévorante L'avait horriblement décharné jusqu'aux os. Le mépris le courbait, et la honte souffrante Qui suit le pauvre était attachée à son dos. L'univers et ses lois le remplissaient de haine. Toujours triste, toujours marchant de ce pas lent Dont un vieux pâtre suit son troupeau nonchalant, Il eiTait dans les bois, par les monts et la plaine, Et braconnant partout, et partout rejeté. Il allait gémissant sur la fatalité ; Le col toujours courbé comme sous une hache ; On eût dit un larron qui rôde et qui se cache, Si ce n'est pis encore, — un mendiant honteux Qui n'ose faire un coup, crainte d'être victime. Et, pour toute vertu, garde la peur du crime, Ce chétif et dernier lien des malheureux. Oui, ma chère Mamette, oui, j'ai connu cet être.

DÉIDAMIA.

Qui donc est la, debout, derrière la fenêtre. Avec ces deux grands yeux, et cet air étonné?

FRANK

Où donc? Je ne vois rien.

DÉIDAMIA.

Si. — Quelqu'un nous écoute.

Qui vient de s'en aller cpiand tu t'es retourné.

FRANK

C'est quelque mendiant qui passe sur la route. Allons, Déidamia, cela t'a fait pâlir.

DÉIDAMIA.

El^-bien ! et ton histoire, où veut-elle en venir ?

FRANK

Une autre fois, — c'était au milieu des orgies ; Je vis dans un miroir, aux clartés des bougies, Un joueur pris de vin, couché sur un sofa. Une femme, ou du moins la forme d'une femme, Le tenait embrassé, comme je te tiens là. Il se tordait en vain sous le spectre sans âme; Il semblait qu'un noyé l'eût pris entre ses bras. Cet homme infortuné... Tu ne m'écoutes pas.^* Voyons, viens m'embrasser.

DÉIDAMIA.

Oh ! non, je vous en prie.

Il Tembrasse de force.

Frank, mou cher petit Gharle, attends qu'on nous marie; Attends jusqu'à ce soir. — Ma mère va venir. Je ne veux pas, monsieur. — Ah ! tu me fais mourir !

FRANK

Lumière du soleil, quelle admirable fdle !

DÉIDAMIA.

11 faudra, mon ami, nous faire une famVWe;

Nous aurons nos voisins, ton père, tes parents,

Et ma mère surtout. — Nous aurons nos enfants.

Toi, tu travailleras à notre métairie;

Moi, j'aurai soin du reste et de la laiterie;

Et tant que nous vivrons, nous serons tous les deux,

Tous les deux pour toujours, et nous mourrons bien vieux.

Vous riez ? Pourquoi donc ?

FRANK

Oui, je ris du tonnerre.

Oui; le diable m'emporte! il peut tomber sur moi.

DÉIDAMIA.

Qu'est-ce que c'est, moasieur ? voulez-vous bien vous taire l

FRANK

Va toujours, mon enfant, je ne ris pas de toi.

DÉIDAMIA.

Qui donc est encor là ? Je te dis qu'on nous guette. Tu ne vois pas là-bas remuer une téte.^ Là, — dans l'ombre du mur.^

FRANK

Où donc.^ de quel côté.' Vous avez des terreurs, ma cbère, en vérité !

Il la prend dans ses bras.

Il me serait cruel de penser qu'une femme, 0 Mamctte, moins belle et moins pure que toi. Dans des lieux étrangers, par un autre que moi, Pût être autant aimée. — Ah ! j'ai senti mon àme Qui redevenait vierge à ton doux souvenir, r4omme l'onde où tu viens mirer ton beau visage Se fait vierge, ma chère, et dans ta chaste image Sous son cristal profond srmlile se recuoilliv î

t bieu toi ! je te tieiis, — toujours fraîche et jolie, jours comme qd oiseau, -prête à tout oublier, ià tou petit lit, ton rouet, ton métier, vre de patience et de mélancolie.

>i, qui tant de fois as reçu dans ton sein chagrins et mes pleurs, et qui m*as en échange du le doux repos d'un firont toujours serein, iment as-tu donc lait, disHnoi, mon petit auge, r n'avoir rien gardé de mes maux, quand mou cwur int et si souvent gardé de tou bonheur?

DÉIDÂHIA.

vous savez toujours, vous autres hypocrites, >eaux discours flatteurs bien souvent répétés. » aime, mon Dieu ! quand c'est vous qui les dites ;

ce n'est pas pour moi qu'ils étaieut*iuveutés.

FRANK

moi, tu ne veux pas venir eu Italie?

^lague? à P^is? nous mènerions grand traiu. : si peu de frais tu serais si jolie !

OÉIDAMIA»

ce que vous trouvez ce bonnet^là vilain? ( verrez tout à l'heure, avec ma robe blanche, bas à coins brodés, mon bonnet dii dimanche ion tablier vert. — Vous riez, vous riez ?

FRANK i

i (me hetue d'ici notis serons mariés.

Miser que tU ftiis, et que je te dérobe,

ne le céderas, Blamette, de bon cœur.

i une hetire, ô mon Dieti I tti viendras me le rendre:

ttte, je me metirs.

aitt po£siE&

UÉIDAMIA.

Ahl moi, je sais attendre !

Voyons, laissez-nioi doue ctie un peu ▼otre sœar« Uue heure, une heure encore, et je aermi ta femme. Oui, je vais te le rendre, el de toute mon àme. Ton baiser déYorant, mon Frank, ton beau baiser ! Et ton tonnerre alors pourra nous écraser,

FRAm.

Oh ! que cette heure est longue! oh ! que vous êtes belle! De queUe volupté dédiirante et crudle Vous me noyez le cœur, froide Déidamia !

DÊIDAMIA.

Regardez, regardez, la tète est toujours là. Qui donc nous guette ainsi?

FRANK

Mamette, 6 mon amante.

Ne me détourne pas cette lèvre charmante. Non ! quand Féternité devrait m*ensevelir!

DÉIDAMU.

Mou ami, mon amaut, respectez votre femme.

FRANK

Non ! non ! quand ton baiser devrait brûler mon âme ! Non ! quand ton Dieu jaloux devrait nous eu punir !

DÉIDAMU.

Eh bien! oui, ta maîtresse, — eh bien loui, ton amautei Ta Mamette, tou bien, ta femme et ta servante. Et la mort peut venir, et je t'aime, et je veux T'avoir là dans mes bras et dans mes longs cheveu» . Sur ma ro1)c de lin ton haleine embaumée.

Je sais que je sais belle, et piusieura m'ont aimée ; Mais je t'appartenais, j'ai gardé ton trésor^

Elle tombe dans se^ bras.

FRANK ^ se levant brusquement.

Quelqu'un est là, c'est vrai.

DÉIOAHU.

Qu'importe? Charle, Cliarle!

FRANK

Ah ! massacre et tison d'enfer ! — C'est Belcolor ! Restez ici, Mamette, il fisiut que je lui parle.

11 saute par la fenêtre.

DÉIDAMU.

Mon Dieu ! que va-t-il faire, et qu'est-il arrivé ? Le voilà qui revient. — Eh bien! l'as-tu trouvé .^

FRANK ^ à la fenêtre, en dehors.

Non, mais par le tonnerre, il faudra qu'il y vienne. Je crois que c'est un spectre, et vous aviez raison. Attendez-moi. — Je fais le tour de la maison DÉIDAMU.; courant à la fenêtre.

Charles, ne t'en va pas! S'il s'enfuit dans la plaine, Laisse-le s'envoler, ce spectre de malheur.

Belcolore paraît de Tautrecôté de la fenêtre et 8*enfuit aussitôt* Au secours ! au secours I on m'a frappée au cœur.

Déidamia tombe et sort en se traînant. LES MONTAGNARDS; accourant au dehors.

Frank ! que se passe-t-il ? On nous appelle, on crie. Qui donc est là par terre étendu dans son sang? Juste Dieu ! c'est Mamette ! Ah I son âme est partie. Un stylet italien est entré dans sou flanc. Au meurtre ! Frank, au meurtre I

FRANK ^ rentrant dans la cabane « avec Déldamia morte dans ses bras*

0 toi, ma bieu-aimée I Sur mou premier baiser tou âme s*est fermée. Peudant plus de quiuze ans tu l'avais attendu, Mamette, et tu t'en vas sans me l'avoir rendu.

Juillet et août lass.

PERSONNAGES

Le duc LAERTE.

Lk ooirrE IRUS, son neveu.

ïîï?™ ! Jamcllea, filles du duc Laerte. NINETTE, )

FLORA, servante.

SPADILLE, j

QUINOLA. ) "''•"""*l»«-

La scène est où Ton voudra.

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