‹ PoésiesChapitre 65 sur 142 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Le Jardin du duc*

NINON, NINETTE, dans deux bosquets séparés.

NINON

Cette voix reteutit encore à mon oreille.

NINETTE

Ce baiser singulier me fait eucor frémir.

NINON

Nous verrons cette nuit ; il faudra que je veille.

NINETTE

Cette nuit, cette nuit, je ne veux pas dormir.

NINON

Toi dont la voix est douce, et douce la parole, Chanteur mystérieux, reviendras-tu me voir ? Ou, comme en soupirant Thirondelle s*envole , Mon bonheur fuira-t-il, n'ayant duré qu'un soir? NINETTE.

Audacieux fantôme à la forme voilée, Les ombrages ce soir seront-ils sans danger? Te reverrai-je encor dans cette sombre allée, Ou disparaîlras-lu comme un chamois léger ?

NINON

L'eau, la terre et les vents, tout s'emplit d'harmonies. Un jeune rossignol chante au fond de mon cœur. J'entends sous les roseaux murmurer des génies... Ai-je de nouveaux sens inconnus à ma sœur ?

i QUOI KÊVENT LES JEUNES FILLES. 29S

NINETTE

quoi ue pui»-je voir sans plaisir et sans peine baisers du zéphyr trembler sur la foutaiue, . Tombre des tilleuls passer sur mes bras uus ? 4a sœur est une enfant, — • et je ne le suis plus.

NINON

0 fleurs des nuits d'été, magnifique nature !

0 plantes ! ô rameaux, Tun dans l'autre enlacés !

NINETTÉ.

0 feuilles des pahniers, reines de la verdure, Qui versez vos amours dans les vents embrasés !

SILVIO, entrant.

Mou cœur hésite encor ; — toutes les deux si belles ! Si conformes en tout, si saintement jumelles! Deux corps si transparents attachés par le cœur ! On dirait que l'ainée est l'étui de sa sœur. Pâles toutes les deux, toutes les deux craintives, Frêles comme un roseau, blondes comme les blés ; Prêtes à tressaillir, comme deux sensitives , Au toucher de la main. — Tous mes sens sont troublés. Je n'ai pu leur parler, — j'agissais dans la fièvre ; Mon âme à chaque mot arrivait sur ma lèvre. Mais elles, quel bon goût ! quelle simplicité I Hélas! je sors d'hier de Tuniversité.

Entrent Latirte et Irus> un cigare â la bouche. LAERTE.

Eh bieu ! notre convive, où ces dames sont««lles ?

IRUS

Quoi ! vous sortez de table,, et \otis ue ^Umex \^^^

SILVIO^ embnusant Laërte.

0 mon père ! ô mon duc ! Je ne puis &ire un pas. Tout mou être est brisé.

Ninon et Ninette paraissent.

IBUS.

Voilà ces demoiselles.

Ninon, ma barbe est fraîche, et je vais t'embrasser. Ninon se saoTC. — Ims court après elle. LAERTE.

Ne sauriez-vous, Ims, dmer sans tous griser?

Ils sortent en se promenant.

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