SCÈNE PREMIÈRE Le Jardin.— Il est nuit
LE DUC LAERTE, en robe de chambre; loppé d'nn numteau.
Lorsque cette lueur, que vous voyez là-ba Après avoir erré de fenêtre eu fenêtre, Tournera vers ce coin pour ne plu» repai Il sera temps d'agir. ^ Elle y marche à
Je vous l'ai dit, seigneur, cela ne me plai
LAERTE
Eh bien ! moi, tout cela m'amuse à la foli Je ne fais pas la guerre à la mélancolie. Après l'oisiveté, c'est le meilleur des mau En général d'ailleurs, c'est ma pierre de t Elle ne pousse pas, cette plante farouche, Sur la majestueuse obésité des sots.
Mais la gaité, Silvio, sied mieux à la vieil Nous voulons la beauté pour aimer la trii // faut bien mettre un peu de rouge à soi
t le métier des vieux de dérider le temps. . fait de la vieillesse une chose honteuse ; i'est tout simple . ici-bas, chez les trois quarts des gens. Quand elle n'est pas prude, elle est entremetteuse . Cassandre est la terreur des vieillards indulgents. Croyez-vous cependant; mon cher, que la nature Laisse ainsi par ouhli vivre sa créature ? Qu'elle nous ait donné trente ans pour exister, Et le reste pour geindre ou bien' pour tricoter ? Figurez-vous, Silvio, que j'ai, la nuit dernière. Chanté fort joliment pendant une heure entière. C'était pour intriguer mes filles; mais, ma foi. Je crois, en vérité, que j'ai chanté pour moi.
Aussi, dans tout cela, cher duc, c'est vous que j'aime. n faudra pourtant bien redevenir moi-même. Songez donc, mon ami, qu'il ne restera rien Du héros de roman.
Mon Dieu ! Je le sais bien.
Un roman dans un lit, on n'en saurait que faire. On réalise là tous ceux qu'on a rêvés. Après la bagatelle il faut le nécessaire ; Et j'espère pour vous, mon cher, que vous Tavez Très-ordinairement, dans ces sortes de choses. Ceux qui parlent beaucoup savent prouver très-peu. C'est ce qui montre en tout la sagesse de Dieu. Tous ces galants musqués, fleuris conmie des roses, Qu'on voit soir et matin courir les rendez-vous .^ S'assouplir comme un gant autout de&\«viti«&^^^'^^
Si voii^ étiez coiume cux^ j'^u seraU désolé. Htkh h méthode eitiste ; il faut songer à plaira Une foin nmnèf patbku ! c*e&t votre ttlTuiie. Pcrm<3ltL'ï~Jiiûi^ de grâce, une antre que^tlùii. Avt^îî-vniis juM{irict \«cu Mim passion?
En uu mol.«. fraucliemeiitt mon cher, vtea-vo
Vierige du cœur i l'âme, ei de la tête atix pieds, LÂËtiTË. J
iluiï [ jt: lie hais ri tu tant que les jeunes rouèiS lit: cœur d'un Ub«;Hiu c^t fait comme une aubei^ Ou y Irouve à toute hi^ure un grand feu bien no LTn lioij gîte, !nj l>on Ht, ~ et la clef sur lu por Mds ou t'Uire itujgurd'livii ? demain H faut qu*oii (le n'csi pas ce bois- là du ni ou fait uu mari. Que tout vous .soit uonvean, quand k femme est n Ce u'cjt jaiuoiLS un bleu que l'on soit plus vieu Ni (lu coi'ps ni du cœur. — Tâcîiez de devine Quel bonheur, en amour, dt! pouvoir s'étonne Kl le aura ses secreU^ et vous aurez les vôtres. R**atcjÊ lougtemp* eufmits : vous nous en ferejtj Ce scci*et-là surtout est si vite oublié!
St ma femme pourtiint t'i^oil tro^iver un rouê^J
^ieux nefl rnm
A QUOI RÊVENT LES JEUNES KJLLLb. 311
i misérable effet fera mou ignorance !
appréhendez-vous rien de ces étoimemeuts? LAERTE.
Ceci pourrait sonner comme une impertinence. Mes filles n'ont, monsieur, que de très-bons romans. Âh I Silvio, je vous livre une fleur précieuse. Effeuillez lentement cette ignorance heureuse. Si vous saviez quel tort se font bien des maris, Eu se livrant, dans l'ombre, à des secrets infâmes , Pour le fatal plaisir d'assimiler leurs femmes Aux femmes .sans pudeur dont ils les ont appris ! Ils ne leur laissent plus de neuf que l'adultère. Si vous étiez ainsi, j'aimerais mieux Irus. Rappelez-vous ces mots, qui sont dans l'Hespérus : « Respectez votre femme, amassez de la terre R Autour de cette fleur prête à s'épanouir; « Mais n'en laissez jamais tomber dans son calice. » SILVIO.
Mon père, embrassez-moi. — Je vois le ciel s'ouvrir.
LAERTE
Vous êtes, mon enfant, plus blanc qu'une génisse ; Votre bon petit cœur est plus pur que son lait ; Vous vous en défiez, et c'est ce qui me plaît. Croyezpen un vieillard qui vous donne sa fille. Puisque je vous ai pris pour remplir ma famille, Fiez-vous à mon choix. — Je ne me trompe pas.
La lumière s'en va de fenêtre en fenêtre.
IJLERTE.
L'heure va donc sonner. — Mon ù\ft, V\wiv^ ^wv^xùrs^^s*^"^-
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lUOl RÊVENT LES JEUNES FILLES, St3
MNETTE.
ler, Ninon; je ne sanrais dormir.
NINON, moi non plus.
A part.
U u'aunit ((u'à venir.
NINETTB, dianlant.
Léonore avait an amant
Qui lui disait : Mt chère enftint...
NINON, raiment pour toi qne le froid ne te prenne.
NINETTE
chaleur.
A part.
Je tremble qu'il ne vienne.
NINON ^ continuant la chanson.
Qui lui disait : Ma chère entent...
NINETTE
e sou dessein est de coucher ici.
NINON
'escalier ; mon Dieu ! si c'était lui ! NINETTE^ reprenant.
Léonore avait un aitaant.*.
NINON, ge pas à me céder la place, rriver!
NINETTE
Ma chère sœur, de grâce, nettre au lit.
314 POËblËS.
NINON
Pourquoi ? je suis très-bien.
Écoute : — promets-moi que tu n'en diras rien ; Je vais te confier...
NINETTE
Il £aut que je t'avoue..
NINON
Jure-moi sur l'honneur...
NINETTE
Garde-moi le secret.
NINON
Tiens; ouvre cette lettre.
NINETTE
Et toi, lis ce billet.
NINON y Usant.
« Si l'amour peut faire excuser la folie, au nom du cie » ma belle demoiselle, accordez-moi... )> NINETTE^ Usant.
(( Si l'amour peut faire excuser la folie, au nom du cid « ma chère demoiselle... »