‹ PoésiesChapitre 85 sur 142 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Ne suffît-il donc pas à l'ange des téncâires Qu'à peine de ce temps il nous reste un grand nom? Que Géricault, Guvîer, Schiller, Gcethe et Byron Soient endormis d'hier sous les dalles innâNrei, Et que nous ayons vu tant d'autres morts oâtilms Dans Tabime entr'ouvert suivre Napoléon?

Nous faut->il perdre eucor nos tètes les plus chèresi Et venir eu pleurant leur fermer les paupières, Dès qu'un rayon d'espoir a brillé dans leurs yeux ? Le ciel de ses élus devient-ql envieux ? Ou faut'il croire, hélas 1 ce que disaient nos pères, Que lorsqu'on meurt si jeuoe on est aimé des dieUx ?

.Vh i combien, depuis |)eU, sont partis pleins de vie ! Sous les cyprès anciens qUe de éaules nouveaux t La cendre de Robert à peine refroidie, Bellini tombe et meurt 1 — Une lente agonie Traine Garrel sanglant à l'étemel repos. Le seu'û de notre siècle est pavé de iomb«attx..\

A LA MALlBHAr^. 95

Que nous restera-l-il si l'ombre iusatiable, Dès que nous bâtissons, vient tout ensevelir? Nous qui sentons déjà le sol si variable, Et, sur tant de débris, marchons vers l'iiVenir ; Si le vent, sous nos pas, balaye ainsi le sable. De quel deuil le Seigneur veut-il donc nous vêtir ?

Hélas ! Marietta, tu nous restais encore. Lorsque, sur le sillon, l'oiseau chante à l'aurore, Le laboureur s'arrête, et, le front en sueur. Aspire dans l'air pur un souffle de bonheur. Ainsi nous consolait ta voix fraîche et sonore, Et tes chants dans les cieux emportaient la douleur.

Ce qu'il nous faut pleurer sur ta tombe hâtive, Ce n'est pas l'art divin, ni ses savants secrets : Quelque autre étudiera cet art que tu créais ; C'est ton âme, Niuette, et ta grandeur naïve. C'est cette voix du cœur qui seule au cœur arrive, Que nul autre, après toi, ne nous rendra jamais.

Ah! tu vivrais eucor sans cette âme indomptable.

Ce fut là ton seul mal, et le secret fardeau

Sous lequel ton beau cor^is plia conmie un roseau.

11 eu soutint longtemps la lutte inexorable.

C'est le Dieu tout-puissant, c'est la Muse imçlaca.UW

Qui dans ses bras en feu t'a portée «lw Voncc^ûft^a.

Que ue l'étoufAds^tu, cette flamme brûlante Que ton seiu palpitant ue pouvait contenir 1 Tu vivrais, tu verrais te suivre et f applandir De ce public Masé la foule indifiérente, Qui prodigue aujourd'hui sa &veur inconrtante  des gens dont pas uu, certes, n'eu doit mourir.

Connaissais-tu si peu l'ingratitude humaine? Quel rêve as-tu donc fait de te tuer pour eux! Quelques bouquets de fleurs te rendraient-ils û vaine. Pour veuir nous verser de vrais pleurs sur la loène. Lorsque tant d'histrions et d'artistes bmeux, Couronnés mille fois, n'en ont pas dans les yeux?

Que ne délouriiais-tu la tète pour souiire, Conune on en use ici quand on feint d'être ému? Hélas ! on t'aimait tant qu'on n'en aurait rien vu. Quand tu chantais le Saule, au lieu de ce délire, Que ue t'occupais-tu de bleu porter ta lyre? La Pasta fait ainsi . que ne l' imitais-tu?

Ne savais-tu donc pas, comédieiuie imprudente, Que ces cris insensés qui te sortaient du cœur De ta joue amaigrie augmentaient la pâleur? JVe 5avais-tu donc pas que, sur ta temçe ardente.

A LA MALIBRAN

Ta main de jour en jour se posait plus tremblai Et que 'c'est tenter Dieu que d'aimer la douleur

Ne sentais-tu donc pas que ta belle jeunesse De tes yeux fatigués s'écoulait en ruisseaux, Et de ton noble cœur s'exhalait en sanglots? Quand de ceux qui t'aimaient tu voyais la tristesse, Ne sentais-tu donc pas qu'une fatale Ivresse Berçait ta vie errante à ses derniers rameaux ?

Oui, oui, tu le savais, qu*au sortir du théâtre, Un soir dans ton linceul il faudrait te coucher. Lorsqu'on te rapportait plus froide que l'albâtre, Lorsque le médecin, de ta veine bleuâtre, Regardait goutte à goutte un sang noir s'épancher, Tu savais quelle main venait de te toucher.

Oui, oui, tu le savais, et que, dans cette vie, Rien n'est bon que d'aimer, n'est vrai que de souffrir. ^<haque soir dans tes chants tu te sentais pâlir, u connaissais le monde, et la foule, et l'envie,

, dans ce corps brisé concentrant ton génie,

\ regardais aussi la Malibran mourir.

rs donc! ta mort est douce et ta tâche e^Vxwjs^vt ue ïhoDime ici-bas appelle \e ç;êT\\e,

C'est le bcfoîn d'aimer; hors de là tout est Tain Et, puisque tdt ou tard l'amour humain s'oublie. Il est d'une grande âme et d'un heureux destin D'expirer comme toi pour un amour divin !

Octobre its«.

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