AU ROI
APRES l'attentat DE MEUNIER
Prince, les assassins consacrent ta puissance. Ils forcent Dieu lui-même à nous montrer sa main. Par droit d'élection tu régnais sur la France ; La balle et le poignard te fout un droit divin.
De ceux dont le hasard couronna' ta naissance, Nous en savons plusieurs qui sont sacrés en vain. Toi, tu Tes par le peuple et par la Providence; Souris au parricide et poursuis ton chemin.
Mais sois prudent, Philippe, et songe à la patrie. Ta pensée est son bien, ton corps son bouclier; Sur toi, comme sur elle, il est temps de veiller.
Ferme un immense abîme et conserve ta vie. Défendons-nous ensemble, et laissons^nous le temps De vieillir, toi pour nous, et nous pour tes enfants.
Décembre isse*
Mia Ufr TOJi4û£ D'tm ARTICLE 1H3ÉW& llàlIS lA REVUS
Abii tu Tâs bien dit : en nouj^ tàiit que nous sommes,
H, existe souvent une certaiue fleui^
Qfà s'en va daus k vie et s'eiïeuiilc du cœur.
« n existe, eu un mot, nLi^i. im ti-ois quarts des hommes,
Un poêle mort jeuue à qui l'horuiue mrvit. »
Tu Tas t>îe]i dit, ami| mais tu Ta» trop Ineu dit.
Tu ne preiitia pas gaide^ eu tmt^aut ta pensée, Que la plume t^u faisait un vers liaimouieux, Et que tu JUa^émais daus la langue des dieux. Relis-toij je te rends à ta Muse offensée; Et 8on¥ieitt4oi qu'en nous il /existe souvent Un poète endormi toujours jeune et vivant.
Juin 18S7.
A LYDIE
TRADUIT D'HORACE (oD£ XX, UVRE lu)
Lorsque je t'avais pour amie, Quand nul jeune garçon, plus robuste que moi, N'entourait de ses bras ton épaule arrondie,
Auprès de toi, blanche Lydie, J'ai vécu plus joyeux et plus heureux qu'un roi.
LYDIE
Quand pour toi j'étais la plus chère, Quand Ghloé pâlissait auprès de Lydia, Lydia, qu'on vantait dans l'Italie entière.
Vécut plus heureuse et plus fière Que dans les bras d'un dieu la Romaine Ilia..
HORACE
Chloé me gouverne à présent, Chloé, savante au luth, habile en l'art du chant ; Le doux son de sa voix de volupté m'enivre.
Je suis prêt à cesser de nIni^ Si, pour Ja préserver, \e% dVewii Nw\«v«oX'BiRî^'î»5^V
10!i POÉSIES.
LYDIE
Je me consume maintenant D*une amoureuse ardeur que rien ne peut éteindre Pour le fils d'Omithus, ce bel adolescent ;
Je mourrais deux fois sans me plaindre Si, pour le préserver, les dieux voulaient mon sang.
HORACE
Eh quoi ! si dans notre pensée
L'ancien amour se rallumait?
Si, la blonde Ghloé de ma maison chassée. Ma porte te rouvrait? si Vénus offensée
Au joug d'airain nous ramenait ?
LYDIE
Calais, ma richesse unique.
Est plus beau qu'un soleil levant,
Et toi phis léger que le vent.
Plus prompt à t'irriter que l'âpre Adriatique ; Cependant près de toi, si c'était ton plaisir, Volontiers j'irais vivre, et volontiers mourir.
A LYDIE
UfXTATIOIf
HORACE
Du temps où tu m'aimais, Lydie, De ses bras nul autre que moi N'entourait ta gorge arrondie; J'ai vécu plus heureux qu'un roi.
LYDIE
Du temps où j'étais ta maîtresse, Tu me préférais à Chloé ; Je m'endormais à ton côté.
Plus heureuse qu'une déesse.
HORACE
Chloé me gouverne à présent, Savante au luth, habile au chant , La douceur de sa voix m'enivre.
Je suis prêt à cesser de vivre S'il fallait lui donner mon sang.
LYDIE
Je me consume maintenant Pour Cal&ÏBf mou jeune amauX.^
Qui dans mon cœur a pris ta place. Je mourrais deux fois, cher Horace^ S'il £Ulait lui donner mon sang.
HORACE
Eh quoil si dans notre pensée L'ancien amour se ranimait?
Si ma blonde était délaissée?
Si demain Vénus offensée  ta porte me ramenait?
LYDIE
Calais est jeune et fidèle,
Et toi, poète, ton désir
Est plus léger «pie Thirondelle,
Plus inconstant que le zéphyr;
Pourtant, s'il t'en prenait envie,
Avec toi j'aimerais la yïe ;
Avec toi je voudrais mourir.
Si je vous le disais pourtant, que je vous aime, Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez? L'amour, vous le savez, cause une peine extrême; C'est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ; Peut-être cependant que vous m'en puniriez/
Si je vous le disais, que six mois de silence Cacheut de longs tourments et des vœux insensés Ninon, voa« êtes fine, et votre insouciance Se plaît, comme une fée, à deviner d'avance ; Vous me répondriez peut-être : Je le sais.
Si je vous le disais, qu'uue douce folie
A fait de moi votre ombre et m'attache à vos pas :
Un petit air de doute et de mélancolie.
Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie ;
Peut-être diriez-vous que vous n'y croyez pas.
Si je vous le disais, que j'emporte dans Pâme iusques aux moindres mots de nos ^tq^% ^\i %ùv\ \ Un regard offensé, vous le savez., madj^me^
Change deux, yeux d'azur en deux édairs de flamme, Vous me défendriez peut-être de vous voir.
Si je vous le disais, que chaque nuit je veille» Que chaque jour je pleure et je prie à ^noux : Ninon, quand vous riez, vous savez qu'une abeille Prendrait pour une fleur votre bouche vermeille; Si je vous le disais, peut-être en ririez-vous.
Mais vous n'en saurez rien. -^ Je viens, sans rien en dire,
M'asseoir sous votre kmpe et causer avec vous ;
Votre voix, je l'entends; votre air, je le respire;
Et vous pouvez douter, deviner et sourire.
Vos yeux ne verroiit pas de quoi m'étre moins doux.
Je récohe en secret des fleurs mystérieuses : Le soir, derrière vous, j'écoute au piano Chanter sur le clavier vos mains harmonieuses, Et, dans les tourbillons de dos valses joyeuses, Je vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.
La nuit, quand de si loin le monde nous sépare, Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous, De mille souveuirs en jaloux je m'empare ; Et là, seul devant Dieu, plein d'une joie avare. J'ouvre, conune un trésor, mon cœur tout plein de vous.
J'aime, et je sais répondre avec indifférence ; J*aimey et rien ne le dit; j'aime, el scvA \ft \^ %aL\s^ Et mon secret m'est cher, et chère mai %oM%cw\^'fc *•
li fait le serment d'aimer sans espérance,
non pas sans bonheur ; — je tous vois, c'est assez.
je n*étais pas né pour ce bonheur suprême,
ourir dans vos bras et de vivre à vos pieds.
me le prouve, hélas ! jusqu'à ma douleur même. . .
vous le disais, pourtant, que je vous aime,
ait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez .'
LE POËTE
Le mal dont j'ai souffert s*est enfui comme un rêve. Je n*en puis comparer le lointain souvenir Qu'à ces brouillards légers que l'aurore soulève, Et qu'avec la rosée on voit s'évanouir.
Qu'aviez-vous donc, ô mon poëte !
Et quelle est la peine secrète Qui de moi vous a séparé?
Hélas ! je m'en ressens encore.
Quel est donc ce mal que j'ignore Et dont j'ai si longtemps pleuré.'
LE POETE
C'était un mal vulgaire et bien connu des hommes ; Mais, lorsque nous avons quelque ennui dans le cœur. Nous nous imaginons, pauvres fous que nous sommes, Que personne avant nous n'a senti la douleur.
LA MUSE
Il n'est de vulgaire chagrin Que celui d'une âme vulgaire.
Ami, cpie ce triste mystère S'échappe aujourd'hui de ton sein.
Crois-moi, parle avec confiance; Le sévère Dieu du silence Est un des frères de la Mort ; En se plaignant on se console.
Et quelquefois une parole Nous a délivré d'un remord.
LE POÈTE, il fallait maintenant parler de ma soufErance, ; ne sais trop quel nom elle devrait porter, 1 c'est amour, folie, orgueil, expérience, i si personne au monde en pourrait profiter, î veux bien toutefois t'en raconter l'histoire, uisque nous voilà seuls, assis près du foyer, rends cette lyre, approche, et laisse ma mémoire u son de tes accords doucement s*éveiller .
LA MUSE
Avant de me dire ta peine, 0 poëte ! en es-tu guéri ?
Songe qu'il t'en fout aujourd'hui Parler sans amour et sans haine.
S'il te souvient que j'ai reçu Le doux nom de consolatrice, Ne fais pas de moi la complice Des passions qui t'ont perdu.
LE POËTE
suit si bien guéri de cette maUdie,
Que j*en doute parfois lorsque j'y veux songer ; Et quand je pense aux lieux où j'ai risqué ma vie, J'y crois voir à ma place un visage étranger. Muse, sois donc sans crainte ; au souffle qui t'inspire Nous pouvons sans péril tous deux nous confier. Il est doux de pleurer, il est doux de sourire Au souvenir des maux qu'on pourrait oublier. '
LA MUSE
Conmie une mère vigilante Au berceau d'un fils bien-aimé, Ainsi je me penche tremblante Sur ce cœur qui m'était fermé.
Parle, ami,*— ma lyre attentive D'une note faible et plaintive Suit déjà l'accent de ta voix, Et dans un rayon de lumière, Comme une vision légère.
Passent les ombres d'autrefois.
LE POËTE
Jours de travail I seuls jours où j'ai vécu !
0 trois fois chère solitude I Dieu soit loué, j'y suis donc revenu,
A ce vieux cabinet d'étude!
Pauvre réduit, murs tant de fois déserts,
Fauteuils poudreux, lampe fidèle, 0 mon palais, mon petit univers.
Et toif Muse, ô jeune immortelle, D/fiii soit Joué, nom allons donc c\\av\\eY \
LA NUJT D'OCTOBRE. 113
Oui, je veux vous ouvrir mon âme, Vous saurez tout, et je vais vous conter
Le mal que peut faire une femme; Car c'en est une, ô mes pauvres amis
(Hélas I vous le saviez peut-être) I C'est une feomie à qui je fus soumis,
Comme le serf l'est à son maître.
Joug détesté ! c'est par là que mon cœur
Perdit sa force et ^a jeunesse ; — Et cependant, auprès de ma maîtresse,
J'avais entrevu le bonheur.
Près du ruisseau, quand nous marchions ensemble,
Le soir, sur le sable argentin.
Quand devant nous le blanc spectre du tremble
De loin nous montrait le chemin ; Je vois encore, aux rayons de la lune.
Ce beau corps plier dans mes bras...
N'en parlons plus... — je ne prévoyais pas
Où me conduirait la Fortune.
Sans doute alors la colère des dieu
Avait besoin d'une victime ; Car elle m*a puni comme d'un crime
D'avoir essayé d'être heureux.
IJk MUSE.
L'image d'un doux souvenir ' i
Vient de s'offrir à ta pensée. ^.
Sur la trace qu'il a laissée ^ ^^
Pourquoi crains-tn de Te\c«w? *"
Cil-M fiûfie Ml féeit fidèle
Qnedemicrfef benu joon?
f^ U tortune fat tnOkf
Icmie bMUMt iûi^ soiot eomme die,
ftwrlf àteii
IJE POftlE»
Xon, '-e'eit à mei malbean «fue je préteadi sourire. Niuei Je te l'ai dil : Je vet», «uiipeiiioii. Te conter mcf emmii, met rèfei^ mon délire. Va t'en dire le teapf , rbeme et FooeaiioD. (tétait, il m'en ioorient, par tue naît d'antomne, Trifte et froide, à peu prèf Mabiable à cell»^; Le murmure an vent, de fon brait aKMiotoDe, Dam mon cerveau laiié berçait mon soir wmci. J'étaif à la fenêtre» attendant ma maltAsne ; Rt, tout en écoutant dans cette obscurité, Je me sentais dans l'âme une telle détresse, (ju'il ma vint le soupçon d'une infidélité. La rue où je logeais était sombre et déserte ; Quelques ombres passaient, un falot à la main ; Quaud la bise soufflait dans la porte entr'ouverte, Ou entendait de loin comme un soupir bumain. Je lie sais, à vrai dire, à quel fàcbeux présage Mou esprit inquiet alors s'abandonna.
Je nippcinis en valu uu reste de courage, Va uie seutiA frémir lorsque l'heure sonna. /i>7/ff Tiff vt*nait pas. S'riiJ, la tête baissée, regardai longtemps les mur» et le chemvti, —
je ne t'ai pas dit quelle ardeur insensée iCtte inconstante femme allumait en mon sein ; Je n'aimais qu'elle au monde, et vivre un jour sans elle Me semblait un destin plus affireux que la mort. Je me souviens pourtant qu'en cette nuit cruelle Pour briser mon lien je fis un long effort. Je la nommai cent fois perfide et déloyale. Je comptais tous les maux qu'elle m'avait causés. Hélas ! au souvenir de sa beauté fatale. Quels maux et quels chagrins n'étaient pas apaisés ! Le jour parut enfin. — Las d'une vaine attente, Sur le bord du balcon je m'étais assoupi ; Je rouvris la paupière à l'aurore naissante, Et je laissai flotter mon regard ébloui. Tout à coup, au détour de l'étroite ruelle. J'entends sur le gravier marcher à petit bruit... Grand Dieu ! préservez-moi 1 je l'aperçois, c'est elle ; Elle entre. — D'où viens-tu? qu'as-tù fait cette nuit.î» Réponds, que me veux-tu ? qui t'amène à cette heure ? Ce beau corps, jusqu'au jour, où s'est-il étendu ? Tandis qu'à ce balcon, seul, je veille et je pleure. En quel lieu, dans quel lit, à qui souriais-4u ? Perfide I audacieuse ! est-il encor possible Que tu viennes offrir ta bouche à mes baisers ? Que demandes -tu donc? par quelle soif horrible Ooses-tu m'attirer dans tes bras épuisés? Va- t'en, retire-toi, spectre de ma maîtresse ! Rentre dans ton tombeau, si tu t'en es levé ; Laisse-moi pour toujours oublier ma \ewx\«a&^^ Etf quand je pense à toi, croire cçae y a\ T«Ne\
LA MUSE
Apaise^oî, je t'en conjure ; Tes paroles ili'ont fiiit frémir.
0 mon bien^aimé I ta blessure Est encor prête à se rouvrir.
Hélas ! elle est donc bien profonde ?
Et les misères de ce monde Sont si lentes à s*effisicer 1 Oiddié, enfiint, et de ton âme Gbasse le nom de cette femme, Que je ne veux pas prononcer,
LE POËTE
Honte à toi qui la premi^
M'as appris la trahison,
Et d*borreur et de colère
M'as fiiit perdre la raison I
Honte à toi, fenune à l'œil sombre,
Dont les funestes amours
Ont enseveli dans l'ombre
Mon printemps et mes beaux jours !
C'est ta voix, c'est ton sourire.
C'est ton regard corrupteur.
Qui m'ont appris à maudire
Jusqu'au semblant du bonheur;
C'est ta jeunesse et tes charmes
Qui m'ont fait désespérer,
Et si je doute des larmes,
C'est que je t'ai vu pleurer.
LA NLIT D'OCTOBBIL
UoDte à toi, j'étaii i Aussi simple quon eoÊuit; Comme une fleur à Tanoie, Mon cœur s'ouvrait ca t'akMat, Ortes, ce cœur sans drifif Put sans peine étie abwé; Mais lui laisser VmBocatet Était encor plus aké.
Honte à toi! tu 6» b Bére De mes preoiières doalcsrs. Et tu fis de ma paupière Jaillir la source des pleur»!
Elle coule, sois-eo sûre.
Et rien ne la tarira; Elle sort d'une blessure Qui jamais ne guérira; Mais dans cette source asère Du moins je me laverai.
Et j'y laisserai, j'espère.
Ton souvenir aUiorré !
LA «USE
Poëte, c'est assez. Auprès d'une taêéde^ Quand ton illusion n'aurait duré q^mm j/tmuTf N'outrage pas ce jour lorsque tu parfe» étdk; Si tu veux être aimé, respecte Um t Si l'effort est trop grand pour la i De pardonner les maux qui nous tiemumi éttmîrm. Épargne-toi du moins le tonnneot 4c k Miie; A défaut du pardon, laisse venif îmUa.
ii« poésies,
L«9f norU donneut eii {MM dam le fem de la terre : AifMf àmifeut dormir uof fealtmenU étetuts. Oi réiupteê du cceur ont atisM lettr pooMiére; Httr lenri rcitci facrét ne portons pas les maiiis. Pourquoi, dans ce récit d'une ^rre fouffrance, Ne teujLHu totr qu'un réire et qu'un amour trompé? Ks^-ce donc fans motif qu'agit la Providence? Et crois-tu donc distrait le Dieu qui t'a frappé? Le coup dont tu te plains t'a préservé peut-être, Enlknt; car c'est par li que ton cœur s'est ouvert. L'itomme est un apprenti, la douleur est son maître. Ht nul ne le connaît tant qu'il n'a pas souffert. (Viefit une dure loi, mais une loi suprême, Vimlle comme le monde et la fatalité, Qu'il nou» faut du malheur recevoir le baptême, Kt qu'A ce triste prix tout doit être acheté. L(t» nioif(Aon« pour mûrir ont l)eiioin de rosée; Pour vivre et pour sentir, riiomme a besoin des pleurs; La joi<; u pour symbole luic plante i)risée, lluuiide (rneor de pluie et couverte de fleurs. Ne te (lisiiis-tu pus guéri de ta folie? N'eM*tu pas jeune, heureux, partout le bienvenu, 1)1 ces plaisirs légers qui fout aimer la vie, Si tu n'avais pletiré, quel cas en ferais-tu? Lorstprau déeliu du jour, assis sur la bruyère, A ver tui vieil ami tu bois en liberté, his-inoi, d'aussi bon cœur lèverais-tu ton verre, A/ /// n'a va h miti Je prix de la gaieté? Awwra/S'tu /(•.< iJeurSy les prés et la veràuve, tfs^o/nwt.H do /Vfrarque et le chaul des o\ae\x\\K,
Michel-Auge et les arts, Shakspeare et la nature, Si tu n'y retrouvais quelques aucieus sauglots ? Comprendrais-tu des cieux l'ineffable harmonie, Le silence des nuits, le murmure des flots, Si quelque part là-bas la fièvre et l'insomnie Ne t'avaient fait songer à l'étemel repos? N'as-tu pas maintenant une belle maîtresse? Et, lorsqu'en t'endormant tu lui serres la main, Le lointain souvenir des maux de ta jeunesse Ne rend-il pas plus doux son sourire divin ? N'allez-vous pas aussi vous promener ensemble Au fond des bois fleuris, sur le sable argentin ? Et, dans ce vert palais, le blanc spectre du tremble Ne sait-il plus, le soir, vous montrer le chemin? Ne vois-tu pas alors, aux rayons de la lune, Plier conmie autrefois un beau corps dans tes bras? Et, si dans le sentier tu trouvais la Fortune, Derrière elle, en chantant, ne marcherais-tu pas ? De quoi te plains-tu donc ? L'immortelle espérance S'est retrempée en toi sous la main du malheur. Pourquoi veux-tu haïr ta jeune expérience, Et détester un mal qui t'a rendu meilleur? 0 mou enfant ! plains-la, cette belle infidèle, Qui fit couler jadis les larmes de tes yeux ; Plains-la I c'est une femme, et Dieu t'a feit, près d'elle, Deviner, en souffrant, le secret des heureux. Sa tâche fut pénible ; elle t'aimait peut-être ; Mais le destin voulait qu'elle brisât ton cx£\yc . EUe savait la vie, et te l'a fait coimolues Une autre a recueilli le fruît àe ta ào\x\e»t .
Plaius-la! sou triste amour a passé comme uu songe; Elle a vu ta blessure et n'a pu la fermer. Daus ses larmes, crois-moi, tout u'était pas mensouge. Quaud tout l'aurait été, plains-la l tu sais aimer
LE POETE
Tu dis vrai : la haine est impie.
Et c'est uu frisson plein d'horreur Quand cette vipère assoupie Se déroule dans notre cœur.
Écoute-moi donc , ô déesse !
Et sois témoin de mon serment :
Par les yeux bleus de ma maîtresse, Et par l'azur du firmament ; Par cette étincelle brillante Qui de Vénus porte le nom, Et, comme une perle tremblaute, Scintille au loin sur l'horizon ; Par la grandeur de la nature, Par la bonté du Créateur, Par la clarté tranquille et pure De l'astre cher au voyageur.
Par les herbes de la prairie , Par les forêts, par les pi'és verts, Par la puissance de la vie, Par la sève de l'univers, Je te bannis de ma mémoire.
Reste d'un amour iuseusé.
Mystérieuse et sombre hislo'we Qui dormiras dans le passé.
LA NUIT D'OCTOBIIE. 121
Et toi qui, jadis, d'une amie
Portas la forme et le doux nom,
L'instant suprême où je t'oublie
Doit être celui du pardon.
Pardonnons-nous; — je romps le charme
Qui nous unissait devant Dieu.
Avec une dernière larme
Reçois un étemel adieu.
— Et maintenant, blonde rêveuse,
Maintenant, Muse, à nos amours !
Dis-moi quelque chanson joyeuse.
Gomme au premier temps des beaux jours.
Déjà la pelouse embaumée
Sent les approches du matin ;
Viens éveiller ma bien-aimée.
Et cueillir les fleurs du jardin
Viens voir la nature immortelle
Sortir des voiles du sommeil;
Nous allons renaître avec elle
Au premier rayon du soleil !
Octobre 1837.
Tant que mou faible cœur^ eucor pleiu de jeuuesse,
A ses illusions n'aura pas dit adieu ,
Je voudrais m'en tenir à l'antique sagesse, .
Qui du sobre Épicure a fait un demi-dieu.
Je voudrais vivre, aimer, m*accoutumer aux hommes,
Chercher un peu de joie et n'y pas trop compter,
Faire ce qu'on a fait, être ce que nous sommes.
Et regarder le ciel sans m'en inquiéter.
Je ne puis; — malgré moi l'infini me tourmente.
Je n'y saurais songer sans crainte et sans espoir;
Et, quoi qu'on eu ait dit, ma raison s'épouvante
De lie pas le comprendre et pourtant de le voir.
Qu'est-ce donc que ce monde, et qu'y venons-nous faire,
Si, pour qu'on vive en paix, il faut voiler les cieux?
Passer comme un troupeau les yeux fixés à terre,
Et renier le reste, est-ce donc être heureux ?
Non, c'est cesser d'être honune et dégrader son àme.
Dans la création le hasard m'a jeté ;
Heureux ou malheureux, je suis né d'une femme.
Et je ne puis m'enfuir hors de l'humanité.
Que faire donc? « Jouis, dil \a laisou içiiftvv\vt%
L'ESPOIR m DIEU. 123
Jouis et meurs ; les dieux ue soDgeut qu'à doimir. — Espère seulement, répond la foi chrétienne ; Le ciel veille sans cesse, et tn ne peux mourir. » Entre ces deux chemins j'hésite et je m'arrête. Je voudrais, à l'écart, suivre un plus doux sentier 11 n'en existe pas, dit une voix secrète; En présence du ciel, il faut croire ou nier. Je le pense en effet; les âmes tourmentées Dans l'un et l'autre excès se jettent tour à tour. Mais les indifférents ne sont que des athées; Ils ne dormiraient plus s'ils doutaient un seul jour. Je me résigne donc» et puisque la matière Me laisse dans le cœur un désir plein d'effroi. Mes genoux fléchiront; je veux croire et j'espère. Que vais-je devenir, et que veut-on de moi?
Me voilà dans les mains d'un Dieu plus redoutable Que ne sont à la fois tous les maux d'ici-bas ; Me voilà seul, errant, fragile et misérable. Sous les yeux d'un témoin qui ne me quitte pas. Il m'observe, il me suit. Si mon cœur bat trop vite, J'offense sa grandeur et sa divinité.
Un gouffre est sous mes pas : si je m'y précipite. Pour expier une heure il faut l'éternité. Mon juge est un bourreau qui trompe sa victime. Pour moi, tout devient piège et tout change de nom ; L'amour est un péché, le bonheur est an crime, Et l'œuvre des sept jours n'est que tentAXiou. Je ue garde plus rien de la nature Yivân8^\nfi% // n'existe pour moi ni vertu ni remoTd,
J'attends la récompense et j'évite la peine ;
Mon seul guide est la peur, et mou seul but la mort.
Ou me dit cependant qu'une joie infinie Attend quelques élus. — Où sont-ils, ces heureux ? Si vous m'avez trompé, me rendrez-vous la vie ? Si vous m'avez dit vrai, m'ouvrirez-vous les cieux? Hélas! ce beau pays dont parlaient vos prophètes, S'il existe là-haut, ce doit être un désert. Vous les voulez trop purs, les heureux que vous faites, Et quand leur joie arrive, ils en ont trop souffert. Je suis seulement homme, et ne veux pas moins être. Ni tenter davantage. — A quoi donc m'arréter? Puisque je ne puis croire aux promesses du prêtre. Est-ce l'indifférent que je vais consulter?
Si mon cœur, fatigué du rêve qui l'obsède, A la réalité revient pour s'assouvir.
Au foud des vains plaisirs que j'appelle à mon aide Je trouve un tel dégoût, que je me sens mourir. Aux jours même où parfois la pensée est impie. Où l'on voudrait nier pour cesser de douter. Quand je posséderais tout ce qu'en cette vie Dans ses vastes désirs l'homme peut convoiter ; Donnez-moi le pouvoir, la santé, la richesse. L'amour même, l'amour, le seul bien d'ici-bas I Que la blonde Astarté, qu'idolâtrait la Grèce, De ses îles d'azur sorte en m'ouvrant les bras;
Quand je pourrais saisir dans \e aewv ^ft\^\Çi\T^
«es secrets éléments de sa. fècoudivé,
Transformer à mon gré la vivace matière,
Et créer pour moi seul une unique beauté ;
Quand Horace, Lucrèce et le vieil Ëpicure,
Assis à mes côtés, m'appelleraient heureux,
Et quand ces grands amants de l'antique nature
Me chanteraient la joie et le mépris des dieux,
Je leur dirais à tous : « Quoi que nous puissions faire.
Je souffre, il est trop tard ; le monde s'est fait vieux.
Une immense espérance a traversé la terre;
Malgré nous vers le ciel il faut lever les yeux! »
Que me reste-t-il donc? Ma raison révoltée Essaye en vain de croire et mon cœur de douter. Le chrétien m'épouvante, et ce que dit l'athée, En dépit de mes sens, je ne puis l'écouter. Les vrais religieux me trouveront impie. Et les indifférents me croiront insensé. Â qui m'adresserai-je, et quelle voix amie Consolera ce cœur que le doute a blessé ?
Il existe, dit-on, une philosophie Qui nous explique tout sans révélation.
Et qui peut nous guider à travers cette vie Entre l'indifférence et la religion.
J'y consens. — Où sont-ils, ces faiseurs de systèmes, Qui savent, sans la foi, trouver la vérité. Sophistes impuissants qui ne croient qu'en eux-mêmes ? Quels sont leurs arguments el leur «L\i\OT\\.fe"î L'un me montre ici-bas deux pTmcvçe& ««v çi\^x\^>
Qui, vaincus tour à tour, sont tous deux immortels ^ ; L'autre découvre an loin, dans le ciel solitaire, Un inutile Dieu qui ne veut pas d'autels *, Je vois rêver Platon et penser Aristote ; J'écoute, j'applaudis, et poursuis mon chemin. Sous les rois absolus je trouve un Dieu despote ; Ou nous parle aujourd'hui d'un Dieu républicain. Pythagore et Leibnitz transfigurent mon être. Descartes m'abandonne au sein des tourbillons. Montaigne s'examine, et ne peut se connaître. Pascal fuit en tremblant ses propres visions. P^rrhon me rend aveugle, et Zenon insensible. Voltaire jette à bas tout ce qu'il voit debout. Spinosa, fatigué de tenter l'impossible, Ciierchant en vain son Dieu, croit le trouver partout . Pour le sophiste anglais l'homme est une machine ^. Enfui sort des brouillards un rhéteur allemand * Qui, du philosophisme achevant la ruine. Déclare le ciel vide, et conclut au néant.
Voilà donc les débris de l'humaine science ! Et, depuis cinq mille ans qu'on a toujours douté. Après tant de fatigue et de persévérance, C'est là le dernier mot qui nous en est resté ! Ah ! pauvres insensés, misérables cervelles, Qui de tant de façons avez tout expliqué,
» Système des Manichéens. ' Le théisme.
^ Ijocke.
"f Kniit.
^our aller jusqu'aux cieux il vous fallait des ailes ; /ous aviez le désir, la foi vous a manqué. fe vous plains ; votre orgueil part d'une âme blessée, ^"^ous sentiez les tourments dont mon cœur est rempli , St vous la connaissiez, cette amère pensée Jui fait frissonner Thomme en voyant Tinfini . Rh bien, prions ensemble, — abjurons la misère De vos calculs d'enfants, de tant de vains travaux Vfaintenant que vos corps sont réduits en poussière, F' irai m'agenouiller pour vous sur vos tombeaux. Venez, rhéteurs païens, maîtres de la science, Chrétiens des temps passés et rêveurs d'aujourd'hui ; Croyez-moi, la prière est un cri d'espérance! Pour que Dieu nous réponde, adressons-nous à lui. [1 est juste, il est bon; sans doute il vous pardonne, Tous vous avez souffert, le reste est oublié. Si le ciel est désert, nous n'offensons personne ; Si quelqu'un nous entend, qu'il nous prenne en pitié !
0 toi que nul n'a pu connaître, Et n'a renié sans mentir.
Réponds-moi, toi qui m'as fait naître, Et demain me feras mourir I
Puisque tu te laisses comprendre.
Pourquoi Cais-tu douter de toi ?
Quel triste plaisir peux-tu prendra A tenter notre bonne foi?
Dès que rhomme lève U tte,
// croit t'eutrevoîr duis In cmm:^
La créitioii, la conquête, M'ettquVin nute temple à ses yeux.
- Dès qa*il redescend en lui-même, n t'y travfe ; tu ^ en lui.
S'il loiiffire, s'il pleme, s'il aime, C'ait son Dieu qui le wut ainsi.
De la pfaïf noble intelligence La plut sublime ambition Est de prouver ton existence, Et de frire ^»der ton nom.
De quelque £sçon qu'on t'appelle, Brabma, Jupiter ou Jésus, Vérité, Justice étemdle, Vers toi tous les bras sont tendus.
Le dernier des fils de la terre Te rend grâce du fond du cœur.
Dès qu'il se mêle à sa misère Une apparence de bonheur.
Le monde entier te glorifie :
L'oiseau te chante sur son uid ; Et pour une goutte de pluie Des milliers d'êtres t'ont béni.
Tu n'as rien fait qu'on ne l'admire ; Rien de toi n'est perdu pour nous ;
Tout prie, et tu ne peux sourire.
Que nous ne tombions à genoux.
Pourquoi donc, 6 Maître suprême^ As-tu créé le mal si grand.
Que la raison, la vertu même.
S'épouvantent en le voyant?
Lorscpie tant de choses sur terre Proclament la Divinité, Et semblent attester d'uix père L'amour, la force et la bonté,
Comment, sous la sainte lumière, Voit-on des actes si hideux, Qu'ils font expirer la prière Sur les lèvres du malheureux ?
Pourquoi, dans ton œuvre céleste, Taut d'éléments si peu d'accord?
 quoi bon le crime et la peste?
0 Dieu juste, pourquoi la mort?
Ta pitié dut être profonde Lorsqu'avec ses biens et ses maux , Cet admirable et pauvre monde Sortit en pleuiiant du chaos !
Puisque tu voulais le soumettre Aux douleurs dont il est rempli .