BACCHUS
FRAGMENT
Viens, ô divin Bacchus, ô jeune Thyonée -, 0 Dionyse, Évan, lacchus et Lénée; Viens, tel que tu parus aux déserts de Naxos Quand tu vins rassurer la fille de Minos ^. Le superbe éléphant, en proie à ta victoire. Avait de ses débris formé ton char d'ivoire. De pampres, de raisins mollement enchaîné. Le tigre aux larges flancs de taches silonné, Et le lynx étoile, la panthère sauvage,
1. Ce superbe fragment est imité des Métamorphoses d'Ovide. Â.\ant André Chénier nos poètes du xvi' siècle avaient déjà transporté dans notre littérature quelques-uns des plus beaux tableaux héroïques de l'antiquité. Nous ne pouvons citer ici que quelques vers de Ronsard, empruntés à Y Hymne de Bacchus :
Tu montas sur un char que deux lynces farouches
Tramaient d'un col lelon. iirîchantes en leurs bouches
Un frein d'or éciinieux ; etc, etc..
Son âne talonnait le bon vieillard Silène,
Portant le van mystique sur une lance pleine
De pampre, et publiait d'une tremblante voix
De son jeune enlançun les fêles et les lois.
A son cri sauielaient le troupeau des Menades,
Des Pans et des SyUains, des Lènes, des Thyades,
Et, menant un f;rand bruit de cors et de tambours,
Faisaient trembler d'elTroi les villes et les bourgs
Par où le char passait, etc
2. Ce sont les noms divers sous lesquels Bacchus était adoré.
3. Ariane, abandonnée par les Grecs sur le rivage, lorsque Thésée reyenait à Atltènes vainqueur du minotaure de Crète.
Promenaient avec toi ta cour sur ce rivage.
L'or reluisait partout aux axes ^ de tes chars.
Les Ménades couraient en longs cheveux épars
Et chantaient Évoë, Bacchus et Thyonée,
Et Dionyse, Évan, lacchus et Lénée,
Et tout ce que pour toi la Grèce eut de beaux noms.
Et la voix des rochers répétait leurs chansons,
Et le rauque tambour, les sonores cymbales,
Les hautbois tortueux, et les doubles crotales ^
Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin
Le faune, le satyre et le jeune Sylvain,
Au hasard attroupés autour du vieux Silène ^,
Qui, sa coupe à la main, de la rive indienne,
Toujours ivre, toujours débile, chancelant,
Pas à pas cheminait sur son âne indolent.
ÉfllCHTHON*
FRAGMENT
J'apprends, pour disputer un prix si glorieux, Le bel art d'Érichthon*, mortel prodigieux Qui sur l'herbe glissante, en longs anneaux mobiles, Jadis homme et serpent, traînait ses pieds agiles ^
1. Axes, suivant l'usage fréquent des poètes, est mis ici pour roues.
2. Deux petites lames qu'on plaçait entre les doigts et qu'on faisait claquer l'une sur l'autre, comme on joue aujourd'hui des castagnettes.
3. Silène était le père nourricier et le compagnon de Baccbus ; c'est dans la légende du dieu le côté comique et humoristique, touchant un peu même à la caricature.
4. Cet Érichtbon, quatrième roi d'Athènes, passait pour .^voir attelé le premier quatre chevaux de front à un char.
o. La fable faisait d'Ériclitlion un monstre dont le corps se terminait en queue de serpent. Il faut, sans chercher d'inutiles explications, prendre ces récits mythologiques pour ce qu'ils sont, des procluits souvent très complç^ea t|e l'i(flagiM;\tjon populaire.
Élevé sur un axe, Érichlhon le premier *
Aux liens du limon attacha le coursier,
Et vainqueur, près des mers, sur les sables arides,
Fit voler à grand bruit les quadriges rapides.
Le Lapilhe hardi dans ses jeux turbulents,
Le premier, des coursiers osa presser les flancs.
Sous lui, dans un long cercle achevant leur carrière,
Us surent aux liens livrer leur tête altière,
Blanchir un frein d'écume, et, légers, bondissants,
Agiter, mesurer leurs pas retentissants.
Ma muse fuit les champs abreuvés de carnage '^
Et ses pieds innocents ne se poseront pas
Où la cendre des morts gémirait sous ses pas.
Elle pâlit d'entendre et le cri des batailles.
Et les assauts tonnants qui frappent les murailles ;
Ktle sang qui jaillit sous les pointes d'airain
Souillerait la blancheur de sa robe de lin