A L'HIRONDELLE
Fille de Pandion, ô jeune Athénienne,
l.Ces \ers sont traduits des Géorgiqites de Virgile.
2. Ces beaux vers sont imités du début de la première idylle de Gessner. Chénier, qui ne savait pas rallcmand, lisait Gessner dans la traduction d'Hubcr. Voici ce passage de la traduction française qui s'est transfiguré sous la plume épique d'André Chénier : « Ce ne sont ni les liéros farouches et teints de sang, ni les champs de bataille couverts de morts que chante ma rause badine. Douce et timide, elle fuit, sa flûte légère à la main, les scènes tragiques et tumultueuses. »
3. Ces vers sont imités d'une épipramme d'Evénus de Parus. Les Grecs appe-
La cigale est ta proie, hirondelle inhumaine' ,
Et nourrit tes petits qui, débiles encor,
Nus, tremblants, dans les airs n'osent prendre l'essor.
Tu voles ; comme toi la cigale a des ailes.
Tu chantes ; elle chante. A vos chansons fidèles
Le moissonneur s'égaye, et l'automne orageux
En des climats lointains vous chasse toutes deux.
Oses-tu donc porter dans ta cruelle joie
A ton nid sans pitié cette innocente proie ^?
Et faut-il voir périr un chanteur sans appui
Sous la morsure, hélas ! d'un chanteur comme lui !
Ah ! prends un cœur humain, laboureur trop avide ^, Lorsque d'un pas tremblant l'indigence timide De tes larges moissons vient, le regard confus. Recueillir après toi les restes superflus. Souviens-loi que Gybèle est la mère commune. Laisse la probité que trahit la fortune, Comme l'oiseau du ciel, se nourrir à tes pieds De quelques grains épars sur la terre oubliés.
Fille du vieux pasteur, qui d'une main agile Le soir emplis de lait trente vases d'argile, Crains la génisse pourpre, au farouche regard,
laient épigrammes de petites pièces de vers descriptives, funéraires ou morales. Leur réunion a dans la suite formé ces recueils auxquels on donne le nom d'anthologies.
\. Voyez dans le dictionnaire de Dezobry l'histoire de Procné et de Philomolc.
2. Le nid est dit pour les petites qui sont sans pitié. La Fontaine a dit dans la fable V Araignée et V Hirondelle :
La sœur de Ptiilomùle, altenlive à f\ proie, Mal'^ié le bestion happnit mouches dans l'air, Pour ses petits, pour elle, impilojable joie.
3. Ce fragment est imité de quelques vers des Saisons de Thomson, poète anglais qui Tivait dans la proniiére moitié du xvm« siècle.
Qui marche toujours seule et qui paît h l'écart. Libre, elle lutte et fuit, intraitable et rebelle. Tu ne presseras point sa féconde mamelle, A moins qu'avec adresse un de ses pieds lié Sous un cuir souple et lent ne demeure plié.
Vu et fait à Catillon, près Forges, le 4 août 1792, et écrit ùGournay le Icnlc"
main 1.)
A compter nos brebis je remplace ma mère ; Dans nos riches enclos j'accompagne mon père, J'y travaille avec lui. C'est moi de qui la main, Au retour de l'été, fait résonner l'airain ^ Pour arrêter bientôt d'une ruche troublée, Avec ses jeunes rois, la jeunesse envolée. Une ruche nouvelle à ces peuples nouveaux Est ouverte ; et l'essaim, conduit dans les rameaux Qu'un olivier voisin présente à son passage, Pend en grappe bruyante à son amer feuillage.
Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche, Quand lui-même, appliquant la flûte sur ma bouche, Riant et m'asseyant sur lui, près de son cœur, M'appelant son rival et déjà son vainqueur, Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre A souffler une haleine harmonieuse et pure ;
1. Quand André Chénier composa ce petit fragment bucolique, on était en pleine tourmente révolutionnaire. Suspect, menacé d'une arrestation, malade de corps et d'âme, le poète était allé prendre quelques jours de repos aux eaux de Forges.
2. Selon sa méthode, André formait un seul tout de plusieurs passages anciens. Ici, il assemble deux passages pris dans le quatrième livre des Géorgiques de Virgile. Voici la traduction du premier : « Fais résonner l'airain et frappe les cymbales de Cybèle : d'elles-mêmes les abeilles prendront place dans ces demeures parfumées. » Voici celle du second : « Lorsqu'au printemps les jeunes rois conduiront les premiers essaims, et que cette jeunesse envolée s'ébattra en dehors de la roche,... l'arbre voisin la retiendra dans sesrameaux hospitaliers. >»
Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts, Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois, Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore, A fermer tour à tour les trous du buis sonore '.
MNAIS -
«Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde,
La brebis se traînant sous sa laine féconde,
Au dos de la colline accompagnent les pas,
A la jeune Mnaïs rendez, rendez, hélas !
Par Cérès, par sa fille '^ et la Terre sacrée,
Une grâce légère, autant que désirée.
Ah ! près de vous, jadis, elle avait son berceau,
Et sa vingtième année a trouvé le tombeau.
Que vos agneaux du moins viennent près de ma cendre,
Me bêler les accents de leur voix douce et tendre,
Et paître au pied d'un roc où d'un son enchanteur
La flûte parlera sous les doigts du pasteur;
Qu'au retour du printemps, dépouillant la prairie,
Des dons du villageois ma tombe soit fleurie ;
Puis, d'une brebis mère et docile à sa main,
En un vase d'argile il pressera le sein;
Et sera chaque jour d'un lait pur arrosée
La pierre en ce tombeau sur mes mânes posée.
Morts et vivants, il est encor pour nous unir
Un commerce d'amour et de doux souvenir. »
(C'est en songe que la jeune Unaïs est venue leur dire cela.)
1. Ces vers, où la dirHculté vaincue esl remarquable, rappellent un beau morceau de sculpture : le centaure Chiron apprenant à Achille à joupr de la lyre.
2. Traduit très heurauseraent d'une épitaphe de VAnlhologiO grecque, duo à Léonidas de Tarante.