‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 35 sur 70 · C'est le rivage anglai^i qu'il veut ne jamais revoir · texte numérisé non relu

C'est le rivage anglai^i qu'il veut ne jamais revoir

3. Le trou de Saint-Béat on de Suint-Bat. situé au bord du lac de Thun et célèbre par ses stalactites. Cette grotte fut, dit on, habitée par saint Béat, genlilhomnie anglais qui y finit ses ours apros y avoir longtemps vécu dans l'abslinence.

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Voûte obscure où s'étend et chemine en silence L'eau qui de roc en roc bientôt fait et s'élance, Ah ! sous tes murs, sans doute, un cœur trop agilô Retrouvera la joie et la tranquillité I

Souvent le malheureux sourit parmi ses pleurs, Et voit quelque plaisir naître au sein des douleurs. Sous ses hauts monts ainsi l'Allobroge ^ recèle, Sous ses monts, de l'hiver la patrie éternelle, Et les fleurs du printemps et les biens de l'été. Sur leurs arides fronts le voyageur porté S'étonne. Auprès des rocs d'âge en âge entassée, En flots âpres et durs brille une mer glacée. A peine sur le dos de ces sentiers luisants Un bois armé de fer soutient ses pas glissants. Il entend retentir la voix du précipice. Il se tourne : partout un amas se hérisse De sommets ou brûlés ou de glace épaissis. Fils du vaste mont Blanc, sur leurs têtes assis, Et qui s'élève autant au-dessus de leurs cimes Qu'ils s'élèvent eux-môme au-dessus des abîmes. Mais bientôt à leurs pieds qu'il descende : à ses yeux S'étendent mollement vallons délicieux, Pâturages et prés, doux enfants dos rosées. Trient, Cluses, Maglan, humides Élysées, Frais coteaux, où partout sur des flots vagabonds Pend le mélèze altier, vieil habitant des monts.

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Tout homme a ses douleurs. Mais aux yeux de ses frères Chacun d'un front serein déguise ses misères. Chacun ne plaint que soi. Chacun dans son ennui

1. L'AlIcliroge est dit pour lo pays des Allobroges. C'est aujourd'hui la Saroie.

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Envie un autre humain qui se plaint comme lui. Nul des autres mortels ne mesure les peines, Qu'ils savent tous cacher comme il cache les siennes ; Et chacun, l'œil en pleurs, en son cœur douloureux Se dit : « Excepté moi, tout le monde est heureux. » Ils sont tous malheureux. Leur prière importune Crie et demande au ciel de changer leur fortune. Ils changent ; et bien tôt, versant de nouveaux pleurs, Ils trouvent qu'ils n'ont fait que changer de malheurs ' .

Ainsi, îcisque souvent le gouvernail agile De Couvre ou de Tanger fend la route mobile, Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant, Le passager languit malade et chancelant. Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante Tourne comme le vent qui souffle la tourmente. Et son cœur nage et flotte en son sein agité Comme de bonds en bonds le navire emporté. Il croit sentir sous lui fuir la planche légère ; Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots Inonde les tapis destinés au repos.

Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage : Stupide, il a perdu sa force et son courage. Il ne retrouve plus ses membres engourdis. 11 ne peut secourir son ami ni son fils, Ni soutenir son père, et sa main faible et lente Ne peut serrer la main de sa femme expirante.

{Fait en partie dans le vaisseau, en allant à Douvres, couché souffrant, le C. Écrit à Londres, le iO décembre 1787.)

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