‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 55 sur 70 · Respirer a ici le sens d'exlialtu'. I · texte numérisé non relu

Respirer a ici le sens d'exlialtu'. I

2. Incertaine, c'est-à-diro dont le lit est inoertain. cliaiifreant.

Où l'étranger, à l'aise achevant son voyage,

Pense au nom des Trudaine et bénit leur ouvrage *?

Ton peuple industrieux est né pour les combats. Le glaive, le mousquet n'accablent point ses bras. Il s'élance aux assauts, et son fer intrépide Chassa l'impie Anglais, usurpateur avide. Le cielles fit humains, hospitaliers et bons, Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons ; Mais faibles, opprimés, la tristesse inquiète Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette, Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas, Renverse devant eux les tables des repas. Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse, Et leur front et leur âme. 0 France! trop heureuse Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux Des dons que tu reçus de la bonté des cieux! Vois le superbe Anglais, l'Anglais dont le courage Ne s'est soumis qu'aux lois d'un sénat libre et scro, Qui t'épie, et, dans l'Inde éclipsant ta splendeur, Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur. Il triomphe, il t'insulte. Oh! combien tes collines Tressailliraient de voir réparer tes ruines, Et pour la liberté donneraient sans regrets. Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forets!

J'ai vu dans tes hameaux la plaintive misère, La mendicité blùmc et la douleur amère. Je t'ai vu dans tes biens, indigent laboureur, D'un fisc avare et dur maudissant la rigueur, Versant aux pieds des grands des larmes inutiles. Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles. Découragé de vivre, et plein d'un juste effroi De mettre au jour des fils malheureux comme toi; Tu vois sous les soldats les villes gémissantes ;

1. Truiîaiiie, l'aïeul des amis de oollcge d'André Chéiiier, avait été «lircclçur des ponts et chaussées sous Louis XV,

Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes,

Le sel, fils de la terre, ou môme l'eau des mers,

Source d'oppression et de fléaux divers ;

Mille brigands, couverts du nom sacré du prince,

S'unir à déchirer une triste province,

Et courir à l'envi, de son sang altérés.

Se partager entre eux ses membres déchirés !

Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France Vit luire, hélas ! en vain, sa dernière espérance ; Ministres dont le cœur a connu la pitié, Ministres dont le nom ne s'est point oublié ! Ah! si de telles mains, justement souveraines, Toujours de cet empire avaient tenu les rônes * , L'équité clairvoyante aurait régné sur nous ; Le faible aurait osé respirer près de vous ; L'oppresseur, évitant d'armer d'injustes plaintes, Sinon quelque pudeur, aurait eu quelques craintes; Le délateur impie, opprimé par la faim, Serait mort dans l'opprobre, et tant d'hommes enfin, A l'insu de nos lois, à l'insu du vulgaire, Foudroyés sous les coups d'un pouvoir arbitraire, De cris non entendus, de funèbres sanglots, iNe feraient point gémir les voûtes des cachots.

Non, je ne veux plus vivre en ce séjour servile,

J'irai, j'irai bien loin me chercher un asile,

Un asile à ma vie en son paisible cours,

Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours,

Où-4'un grand au cœur dur l'opulence homicide

Du sang d'un peuple entier ne sera point avide,

Et ne me dira point, avec un rire affreux,

Qu'ils se plaignent sans cesse et qu'ils sont trop heureux ;

Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice

1. Malesherbes et Turg^ot se retirèrent du niinislèrc en 1776.

8 0 ANDRE CDENIER.

Recueillera les dons d'une terre propice ;

Où mon cœur, respirant sous un ciel étranger,

Ne verra plus des maux qu'il ne peut soulager ;

Où mes yeux, éloignés des publiques misères.

Ne verront plus partout les larmes de mes frères,

Et la pâle indigence à la mourante voix,

El les crimes puissants qui font trembler les lois'.

Toi donc, Équité sainte, ô toi, vierge adorée,

De nos tristes climats pour longtemps ignorée,

Daigne du haut des cieux goûter le libre encens

D'une lyre au cœur chaste, aux transports innocents,

Qui ne saura jamais, par des vœux mercenaires,

Flatter, à prix d'argent, des faveurs arbitraires,^'

Mais qui rendra toujours, par amour et par choix/

Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois.

De vœux pour les humains tous ses chants retentissent:

La vérité l'enflamme, et ses cordes frémissent

Quand l'air qui l'environne auprès d'elle a porté

Le doux nom des vertus et de la liberté. ' '

LA FRANCE LJBRE '

FRAGMENT

Terre, terre chérie

Que la liberté sainte appelle sa patrie; Père du grand sénat, ô sénat de Romans 3,

\. Ce tableau, tracé par un contemporain et par un éorîvain aussi clairvoyant et aussi modéré qu'André Chénier, est un témoignape aecaMarit pour l'état de choses antérieur à 1789.

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