‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 6 sur 70 · X NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

X NOTICE BIOGRAPHIQUE

de risolement. Il ne se plut jamais en Angleterre. Tout en estimant les Anglais, tout en appréciant leur génie positif et leur gouvernement, il eût voulu une grandeur plus désintéressée à cette nation « avide, entreprenante, calculatrice et constante dans ses projets, m Son plus grand bonheur et en quelque sorte sa consolation était dans la correspondance qu'il entretenait avec sa famille et ses amis. Ceux-ci l'excitaient sans cesse au travail. « Un des plus grands plaisirs que je puisse avoir, lui écrit Marie-Joseph, est de recevoir de temps en temps de ces beaux vers que vous savez faire. » Alfieri, le grand poète italien, avec lequel André était en relations d'amitié, ainsi qu'avec la comtesse d'Albany, sollicitait de lui, dans une épitre, des vers trempés de miel at tique.

Mais, depuis les mémorables événements qui avaient rempli l'année 1789, André Chénier souffrait de son éloignement de la France. Les nouvelles, toujours grossies et dénaturées par les Anglais et par les premiers émigrés qui se réfugièrent à Londres, l'entretenaient de craintes sans cesse renaissantes pour tous ceux qu'il avait laissés à Paris. Il ne put supporter plus longtemps cette existence et revint définitivement à Paris dans le courant de 1790, A peine arrivé, il jugea la situation, et sous le titre d'Avis aux Fra'.çais il publia un écrit qui fit une grande sensation.

Dans cet écrit André Chénier se distingue par ces qualités de clarté et de précision qu'on remarque dans toutes ses productions. Il s'eflorce de discerner, au milieu de tous les ennemis extérieurs et intérieurs qui menacent lÉtat, quels sont ceux qui sont véritablement à redouter, et il démasque « cette nombreuse race de libellistos sans pudeur, qui, sous des titres fastueux et des démonstrations convulsives d'amour pour le peuple et pour la patrie, cherchent à s'attirer la confiance populaire. » Pour lui, il n'y a de véritable remède à l'état d'inquiétude, de malaise et d'anxiété dans lequel un peuple use vainement son énergie, que dans l'union de tous les bons citoyens et dans le développement de la raison nationale. Ce qui manque à la France, et ici Chénier pensait certainement à l'Angleterre, c'est un bon esprit public, c'est-à-dire « une certaine raison générale, une certaine sagesse pratique et comme de routine. » Or, le seul moyen, à ses yeux, de créer cet esprit public et d'en faire en quelque sorte « une habitude innée, » c'est d'instruire le peuple, de lui apprendre qu'il n'y a de bonheur et de liberté que dans l'accomplissement de ses devoirs, de rendre enfin familiers à tous les citoyens de toutes les classes les vrais principes d'un état libre> principes dont il fait une rapide énumération, « vérités éternelles, dit-il, et devenues triviales parmi tous les hommes qui pensent. »

Le succès, le retentissement même de cet écrit fut très grand, non seulement à Paris, mais encore à l'étranger, où tout le monde avait les yeux fixés sur la France et espérait ou redoutait le contrecoup de la révolution qui avait ébranlé la monarchie absolue. Le roi

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