NOTICE BIOGRAPHIQUE. IX
Qnelqnes vers plus loin il revient encore sur le môme sujet, trouvant pour peindre sa façon de travailler l'iuiage saisissante du fondeur :
... Vous avez vu sous la main d'un fondeur Ensemble se former, di\ erses en grandeur, Tic-nte elo^-hes «l'airain, ^i^a!es du tonneriC ? 11 achève leur moule enseveli sous terre, Puis, par un long' eanal en r.im auv di>i?i, Y fait rouler les flots de l'airain embrasj... Moi, je suis ce fondeur : de mes é< rils en foule Je prjpare longtemps et la forme et le moule, Puis sur tous à la fois je fais rouler l'airain. Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait demain.
C'est dans cette même épître qu'il nous a initiés en quelques trait» It'gers et vif.s à ses procédés d'imitation. Nous citerons encore le passage qui nous fait pénétrer dans l'atelier du poète ;
Tantôt chez un auteur j'adopte une pensée, Slais qui revêt, chez moi souvent entrelacée, lies imaçes, mes tours, jeune et frais ornement ; Tantôt j'; ne retiens que les mots seulement : J'i n détourne le sens et lart sait les contraindre Vers des objets nouveaux qu'ils s'étonnent de peiu Ira. . La prose plus sou\ent vient subir d'autres lois, Et se transforme et fuit mes pojtiqucs doigts ; De rimes couronnée, et légère et dansante, En nombres mesurés elle s'agite et chante. Des antiques \ergers ces rameaux empruntés Croissent sur mon terrain mollement transplantés ; Aux troncs de mon ^erger ma main avec adresse Les attache, et bientôt même écorce les presse. De ce milange heureux l'insensible dou-^eur Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur.
Ces quelques années sur lesquelles nous nous sommes arrêtés furent fécondes. C'est de cette époque que datent ses poèmes antiques : l'Aveugle, le Meiulirmt, le Malade, la Lihtrtê, ainsi que la pluprrtdes élégies. En môme temps il traçait le plan des grands poèmes qu'il méditait : V Hermès qui devait avoir trois chants et dont il reste d imporit.nts fragments ; V Amérique^ vaste composition, un peu encyclopédique, qui devait avoir plus de douze mille vers ; Suznnne, poème biblique, né de la lecture des poètes juifs et souvent repris avec amour par André Cliénier. Ces années d'étude furent aussi les plus lieur^uses. L'époque tragique arrivait à grands pas.
M. de Cliénier avait peidu su place et depuis 1785 ne vivait plus que de la pension de retraite qui lui était servie sur la cassette royale. Les nécessités d'une existence pou fortunée enlevèrent encore André b. sa chère indépendance. En janvier 1788, il fut attaché comme secrétaire h M. de la Luzerne, qui venait d'être nommé à l'ambassade d'Angleterre. Maliieureusement André n'avait que peu '"occupation et ne tarda pas à sentir s'appesanlir sur lui les ennuis