‹ Poésies choisies a l'usage des classes. Publiées avec une notice biographique et des notesChapitre 60 sur 70 · C'est-à-dire du plus lointain avenir · texte numérisé non relu

C'est-à-dire du plus lointain avenir

3. Emploi très poétique du mot crins pour chevelure. Mvilheibe a dit : « La discorde aux crins de couleuvre », et La Fontaine: « Pliébus aux crins dorés ».

Conscience, chaste immortelle, Viennent aux vrais Français, d'attendre enfin lassés. Se joindre ; à leur orgueil abandonnant des prêtres D'opulence perdus, des nobles insensés

Ensevelis dans leurs ancêtres.

Bientôt ce reste même est contraint de plier.

0 raison, divine puissance!

Ton souffle impérieux dans le même sentier Les précipite tous. Je vois le fleuve entier

Rouler en paix son onde immense, Et dans ce lit commun tous ces faibles ruisseaux

Perdre à jamais et leurs noms et leurs eaux. 0 France, sois heureuse entre toutes les mères.

Ne pleure plus des fils ingrats.

Qui jadis s'indignaient d'être appelés nos frères ; Tous revenus des lointaines chimères,

La famille est toute en tes bras ^ Mais que vois-je ? ils feignaient? Aux bords de notre Seine

Pourquoi ces belliqueux apprêts?

Pourquoi vers notre cité reine Ces camps, ces étrangers, ces bataillons français, Traînés à conspirer au trépas de la France? De quoi rit ce troupeau d'eunuques du palais?

Riez, lâche et perfide engeance.

D'un roi facile et bon corrupteurs détrônés,

Riez ; mais le torrent s'amasse.

Riez; mais du voltan les feux emprisonnés Bouillonnent. Des lions si longtemps enchaînés

1. AUiision à un mot de Bailly. Quand, le "27 juin, la majorité do la noblo'jse se réunit «'nfin au tiers-état, Bailly, qui présidait la séance, s'écria : « La famille l'st complcltt.

HYMNES ET ODKS. 89

Vous n'attendiez plus tant d'audace ?

Le peuple esl réveillé. F-e peuple est souverain.

Tout est vaincu. La tyrannie en vain, Monstre aux bouches de bronze, arme pour cette guerre

Ses cent yeux, ses vingt n)ille bras ', Ses flancs gros de salpêtre, où mugit le tonnerre : Sous son pied faible elle sent fuir sa terre;

Et meurt sous les pesants éclats Des créneaux fu]minanls, des tours et des murailles

Qui ceignaient son front détesté.

Déraciné dans ses entrailles, rr^. <'-.^ L'enfer de la Bastille à tous les vents jeté Vole, débris infâme, et cendre inanimée ; Et de ces grands tombeaux, la belle liberté,

Altière, étincelante, armée,

Sort. Comme un triple foudre éclate au haut descieux.

Trois couleurs dans sa main agile Flottent en long drapeau. Son cri victorieux Tonne. A sa voix, qui sait, comme la voix dos dieux.

En homme transformer l'argile, La terre tressaillit. Elle quitta son deuil.

Le genre humain d'espérance et d'orgueil Sourit. Les noirs donjons s'écroulèrent d'eux-mêmes.

Jusque sur les trônes lointains Les tyrans ébranlés, en hâte à leurs fronts blêmes. Pour retenir leurs tremblants diadèmes,

Portèrent leurs royales mains.

A son souffle de feu, soudain de nos campagnes

S'écoulent les soldats épars.

Comme les neiges des montagnes ; Et le fer ennemi tourné vers nos remparts, Comme aux rayons lancés du centre ardent d'un verre,

i. La cour avait rassemblé des troupes auprès de Paris sous les onlres du baron de Besenval. Parnii ces troupes se trouvaient les régiments suisses.

Tout à coup à nos yeux fondu de toutes parts, Fuit et s'échappe sous la terre.

Il renaît citoyen ; en moisson de soldats

Se résout la glèbe aguerrie.

Cérès môme et sa faux s'arment pour les combats. Sur tous ses fils, jurant d'affronter le trépas,

Appuyée au loin, la patrie Brave les rois jaloux, le transfuge imposteur \ ^. Des paladins le fer gladiateur ^

l^^- Des Zoïles verbeux l'hypocrite délire ^.

Salut, peuple français ! ma main Tresse pour toi les fleurs que fait naître la lyre. Reprends tes droits, rentre dans ton empire.

Par toi sous le niveau divin La fière égalité range tout devant elle. ^aaJ U;\a^-

Ton choix, de splendeur revêtu,

Fait les grands. La race mortelle Par toi lève son front si longtemps abattu. Devant les nations, souverains légitimes, Ces fronts, dits souverains, s'abaissent. La vertu

Des honneurs aplanit les cimes.

0 peuple deux fois né ! peuple vieux et nouveau !

Tronc rajeuni par les années !

Phénix sorti vivant des cendres du tombeau ! Et vous aussi, salut, vous porteurs du flambeau

Qui nous montra nos destinées !

Paris vous tend les bras, enfants de notre choix !

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