Allusion à l'Iiymne composé par le député Audoin
100 ANDRE CHEXIER.
Son œil mourant t'a vue, en ta superbe joie,
Féliciter ton bras et contempler ta proie.
Ton regard lui disait : <■<■ Va, tyran furieux,
Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices.
Te baigner dans le sang fut tes seules délices,
Baigne-toi dans le tien et reconnais des dieux ' . »
La Grèce, ô fille illustre! admirant ton courage,
Épuiserait Paros pour placer ton image
Auprès d'Harmodius, auprès de son ami-;
Et des chœurs sur ta tombe, en une sainte ivresse.
Chanteraient Némésis, la tardive déesse,
Qui frappe le méchant sur son trône endormi.
Mais la France à la hache abandonne ta tête. C'est au monstre égorgé qu'on prépare une fête. Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort. Oh! quel noble dédain fit sourire ta bouche, Quand un brigand, vengeur de ce brigand faroucho, Crut te faire pâlir aux menaces de mortM
C'est lui qui dut pâlir, et tes juges sinistres, Et notre affreux sénat et ses affreux ministres, Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui, Ta douceur, ton langage et simple et magnanime Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime, Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.
Longtemps, sous les dehors d'une allégresse aimable, Dans ses détours profonds ton âme impénétrable
1. Hy|)Lrljole qui est d'un grand effet poétique. Ratine a dit, dans Athalic :
Une impie étrangère
Se baigne imiiuDénaeiit dans le sang de nos rois.
2. Harmodius et Aristogiton qui tueront Hipparque à la fêle des grandes Panathénées. Les Athéniens avaient institué des fètos en leur honneur et h'ur avaient éle^é des statues.
3. Tous les journaux, tous les écrits conlemporains témoignent de la sérénilé qne conserva (harlottc Corday devant le triljunal.
Avait tenu cachés les destins du pervers. --..«vw^V Ainsi, dans le secret amassant la tempôte, Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s'apprôtc A foudroyer les monts et soulever les mers.
Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée, Tu semblais l'avancer sur le char d'hyménée. Ton front resta paisible et ton regard serein. Calme surl'échafaud, tu méprisas la rage D'un peuple abject, servile et fécond en outrage. Et qui se croit alors et libre et souverain.
La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire, Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire ; Seule, tu fus un homme, et vengeas les humains ! Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âmo, Nous savons répéter quelques plaintes de femme; Mais le fer pèserait à nos débiles mains.
Non, tu ne pensais pas qu'aux mânes de la France; ,
Un seul traître immolé suffît à sa vengeance,
Ou tirât du chaos ses débris dispersés.
Tu voulais, enflammant les courages timides,
Réveiller les poignards sur tous ces parricides.
De rapine, de sang, d'infamie engraissés ^
Un scélérat de moins rampe dans cette fange, La Vertu t'applaudit. De sa mâle louange Entends, belle héroïne, entends l'auguste voix^. 0 Vertu, le poignard, seul espoir de la terre,
1. Cette strophe, il ne sert à rien de se le dissimuler, n'est autre chose qu'u \ appel à l'assassinat politique. Exemple frappant de Taveuglement moral dont l'espri* (le parti frappe les âmes les plus hautes et les plus nobles.
2. Ou ne saurait trop s'élever contre cette théorie morale. Sans doute lame de Charlotte Corday n'était point celle d'une criminelle, mais son acte, quelque horreur qu'inspire Marat, et quelque abject que fût son caractère, fut un acte criminel qui appelait la vindicte des lois. Toutefois la bassesse de la victime attirera toujours sur la jeune héroïne de l'époque révolutionnaire la symputl.ique compassion des âjcs à venir.
Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre Laisse régner le crime et te vend à ses lois.