HYMNE DES VIEUX SIÈCLES
Notre règne s'éteint. Nous tombons en ruines, Arbres déracinés que rongent les bruines
Et la pluie et les vents.
Et cependant, Seigneur, à votre créature Nos bras ont dix mille ans tendu sa nourriture
Sous nos dômes mouvants.
Notre feuillage a vu s'abriter à son ombre
Des races dont vous seul, Seigneur, savez le nombre
Et le nom effacé.
1 .es aigles ont bâti leurs nids dans nos ramures, Et l'homme referait; rien qu'avec nos murmures,
L'histoire du passé.
Oh ! qui dira combien nos branches fécondées
Ont au soleil de Dieu fait éclore d'idées,
Fleurs d'où sortaient toujours les fruits du lendemain,
Lois et religions, symboles et croyances,
Sagesse et doute obscur, systèmes et sciences,
Enigmes que les sphinx posaient au genre humain?
Brahmes illuminés, prêtres, mages, sybilles Oui faisaient comparaître à leurs yeux immobiles
Toute l'éternité, Sages qui voulaient voir tout effet dans sa cause, Tous à nos rameaux verts ont cueilli quelque chose,
Erreur ou Vérité.
Et voici que le ciel nous reprend notre force. Les ongles des enfants déchirent notre écorce .
Oui rompt sous leurs genoux ; Et, sans nous regarder, la caravane humaine Que votre main, Seigneur, dansM'autres routes mène
Passe à côté de nous.
Donc, nous avons fini, selon votre pensée, Notre tâche depuis dix mille ans commencée. ■ Installé dans nos flancs, le ver rongeur nous mord. Nous redressons en vain notre cime flétrie.
d'André van Hasselt 139
Dans nos troncs décharnés toute sève est tarie, Notre règne est passé. Le passé, c'est la mort.