PREMIERE NEIGE
Sous le vent du Nord tout frissonne, Et dans l'ombre le jour décroit.
La neige dans l'air tourbillonne, Et la lune à peine rayonne :
On dirait qu'elle-même a froid.
Et me voici qui songe et rêve, Assis auprès de mon foyer.
L'heure suit l'heure qui s'achève, Et me voici qui songe et rêve, Regardant mon feu flamboyer.
Quand souffle la bise glacée, Mon Dieu, comme il fait bon ici !
Mais une lugubre pensée, Mille fois de mon cœur chassée, Mille fois y revient aussi.
Car, dès longtemps la porte est close, Et pourtant quelqu'un est dehors.
J'écoute et j'attends... Triste chose!
Hélas ! j'oubliais qu'il repose Dans le lit ténébreux des morts.
Là-bas, dans l'enclos morne et sombre, A l'heure où minuit retentit, Parmi tes compagnons sans nombre
M.}. Poésies choisies
Qui se parlent tout bas clans l'ombre N'as-tu pas peur, ô mon petit?
Surtout dans la couche profonde ( )ù la mort t'a mis à l'étroit, Sous les flots de neige inféconde Dont chaque rafale t'inonde, O mon petit! n'as-tu pas froid?
Rien que cette seule pensée.
Enfant, me donne le frisson; Et, La tète en mes mains baissée, J'écoute la bise glacée Oui gronde autour de la maison.
Et je rêve à ce monde étrange Où, loin de nous, te voilà seul.
Hélas! que n'as-tu, mon pauvre ange, Pour ta mort ma vie en échange, Où du moins mon cœur pour linceul !
24 décembre 1850.