‹ Poésies choisies de Gentil-Bernard;Chapitre 11 sur 78 · PREMIER DIALOGUE · texte numérisé non relu

PREMIER DIALOGUE

ÉMA, AZOR, ET LES COMPAGNES D*ÉMA.

ÉMA.

MON bien-aimé, mon époux.

Me rendra-t-il sa présence?

Je languis dans son absence.

Ah ! d'un cœur tendre et jaloux Que n'a-t-il l'impatience ?

Que n'est-il à mes genoux, Mon bien-aimé, mon époux 1

De mon appui détachée, Je tombe ainsi qu'une fleur

XI4 Poésies de Gentil^Bernard,

Languissante et desséchée.

Qui, sur la terre penchée, Perd la vie et la couleur.

Mes pleurs, ainsi qu'un orage, Font un voile sur mes yeux.

Quand mon astre radieux Percera-t-il ce nuage ?

Mes compagnes, levez-vous.

Mon bien-aimé va parottre Ceint de l'éclat le plus doux.

Au jour qui luira sur vous, Pourrez-vous le méconnoître?

Filles d'Éma, levez-vous ; C'est mon amant, c'est mon maître, Mon roi, mon dieu, mon époux.

Il descendra des montagnes, Leurs cimes s'aplaniront.

Ses pas légers franchiront Les vallons et les campagnes Qui devant lui fleuriront.

LES COMPAGNES

Vous aimez, on vous adore; Calmez vos sens agités, Vos vœux seront écoutés ; Attendez jusqu'à l'aurore.

Sur les coteaux argentés Les cieux ne versent encore Que de tremblantes clartés.

Dialogues orientaux, 115

ÉMA.

•Fais place au jour plus propice, Nuit de deuil, nuit de douleurs; Dans mon lit baigné de pleurs, Jattends que ton cours finisse.

Hélas ! quel est mon tourment, Quand ma main infortunée.

Dans ma couche abandonnée.

Erre et cherche mon amant !

Jen vois, j'en touche la place; Hélas I quel est mon tourment I Dans un vide qui la glace.

Ma main se perd vainement.

LES COMPAGNES

De la colombe fidèle, Tant que Ton séparera Uamant ailé qu'elle appelle, La colombe gémira.

ÉMA.

Peut-il être si tranquille.

Le négligent possesseur Du verger le plus fertile ?

A-t-il quitté cet asile Sans crainte du ravisseur 2* Il perd sa vigne chérie.

Il expose à l'étranger La fontaine et sa prairie*

ii6 Poésies de Gentil-Bernard.

Que de trésors en danger I Peut-il ainsi négliger Verger, vignes et fontaine?

Que sa crainte le mmène !

Ah I qu'il vienne protéger Vigne, fontaine et verger !

Mais j'entends la tourterelle; Silence, écoutons, c'est elle.

Doux présage, heureux moment !

Mon espoir se renouvelle ; Le chant de l'oiseau fidèle M'annonce un fidèle amant.

LES COMPAGNES

Reine, votre roi s'avance, Le flambeau de l'espérance Doit luire ainsi que le jour :

L'ombre a fui, l'aube commence.

Reine, votre roi s'avance; Plein des feux de son amour, Des bornes de l'hémisphère Il prend sa course légère; L'aile du vent l'a porté.

L'air, par son souffle agité.

Rend la plus douce harmonie, Et la ten-e est rajeunie A l'aspect de sa beauté.

ÉMA.

Ouvrez, ouvrez, c'est lui-même; Je sens tressaillir mon cœur.

Dialogues orientaux. 117

Esclaves de mon vainqueur,

Adorez celui que j'aime.

Chantez^ mes sœurs, répétez

Le cantique de sa gloire.

Prenez vos harpes d'ivoire,

Montez vos lyres, chantez.

Que la myrrhe, à son passage,

Exhale aux cieux son odeur

Et l'entoure d'un nuage

Qui modère sa splendeur.

Que vois-je 1 ô jour plein de charmes !

Azor, Azor, est-ce vous?

AZOR

C'est Azor, c'est ton époux, Qui vient calmer tes alarmes, Belle Éma; sèche tes larmes, Renais, reprends tes couleurs, O la plus belle des fleurs I Laisse à ma bouche embrasée Le soin de cueillir ces pleurs.

Ces perles, cette rosée, Que répandoient tes douleurs.

ÉMA.

Bien de l'âme, ô douce joie !

Trésor que j'ai cru perdu.

Enfin le ciel te renvoie ; Le jour enfin m'est rendu !

Du jardin de ses 'délices Azor s'étoit égaré.

ii8 Poésies de Gentil-Bernard.

AZOR

Son cœur t'étoit demeuré.

Ah i quel tourment, quels supplices I

Je languissois séparé

Du jardin de mes délices.

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