‹ Poésies choisies de Gentil-Bernard;Chapitre 20 sur 78 · ÉPITRE VI SUR UAUTOMNE · texte numérisé non relu

ÉPITRE VI SUR UAUTOMNE

ABRÈGE ta course, Amant de Thétis; Soleil, amortis Tes feux dans leur source.

L'excès des chaleurs A brûlé dans nos plaines, A séché nos fleurs, Tari nos fontaines; L'Aurore est sans pleurs, Zéphir sans haleine.

Flore sans couleurs.

La seule Pomone, Sous ce frais berceau, Rit et se couronne Du pampre nouveau ; Du nectar qui coule S'abreuve une foule

i;6 Poésies de Gentil-Bernard,

De jeunes sylvains Dont la pétulance.

L'ivresse, la danse, Les chants amoureux Changent en ménades Les folles dryades Qui boivent comme eux.

Romps ton esclavage, Ami studieux; Viens, par cette image, Délasser tes yeux; Viens, mon cher Ariste.

Philosophe vain, Est-ce au dieu du vin Qu'un sage résiste?

Sois sage, mais boi :

Vois le dieu du Pinde, Esclave avec toi.

Du vainqueur de Tlnde Suivre ici la loi.

DaQs ce lieu tranquille.

Tu sais qu'enchanté De la liberté, J'en ai fait l'asile De la volupté.

Je veux qu'on allie Sur un même ton Maxime et saillie, Pétrone et Caton, Sagesse et folie.

Ainsi verra-t-on

Épîires. 157

Épicure à table, Au banquet aimable D'un nouveau Platon.

J'y veux pour convive L'enfant de Cypris ; Au milieu des ris.

Sa chaleur plus vive, Sa gaîté naïve Plaît à mes esprits.

Couché sous la treille Si quelqu'un sommeille, Par un tendre effort, Qu'Amour le réveille.

Quand Bacchus l'endort.

Quelque vieux Chrysippe Voudroit follement Poser un principe Contre un sentiment.

Pourquoi d'un moment Que le ciel nous donne, Nous faire un tourment ?

La nature ordonne; Mon cœur obéit; Sénèque raisonne; Horace jouit.

Vois de quel emblème Il a de sa main Gravé le système Du bonheur humain.

D'une ardeur extrême

15S Poésies de Gentil^ Bernard.

Le temps nous poursuit; Détruit par lui-même, Par lui reproduit.

Plus léger qu'É<4e.

n naît et s'envole.

Renaît et s'enfiiit.

Enivrons Saturne; Ce vieillard plus doux.

Égayant pour nous Son finont taciturne^ Perdra s(hi courroux Au fond de cette urne ; Devenu plus lent.

Ce dieu turbulent.

Pour reprendre haleine, Prendra de Silène Le pas nonchalant Sous l'ombre propice De ce bois sacré.

L'autel est paré Pour le sacrifice; Hébé me couronne D'un lierre divin.

Et Cornus ordonne L'apprêt du festin.

Avec nos bergères Chantez, dieu des bois ; Ménades légères.

Dansez à leurs voix.

Ami, qui t'arrête:

Èpitres. 159

Pour ouvrir la fête, Je n'attends que toi.

Tu verras Thémire, Tenant tour à tour Les flèches d'Amour, Le thyrse et la lyre.

Tu sais quel empire Thémire a sur moi ; Mais, sûr de ma foi, L'objet qui m'enflamme N'a point oublié La part que mon âme Doit à l'amitié.

Page 1