ÉPITRE XX A CORINNE
ODiEU 1 quel infidèle guide Des amours veut te séparer ?
Reviens, triste amante d'Euclide, Et quitte le sentier aride Où Maupertuis va t'égarer.
Laisse tant de sublimes folles, Dont la marotte est le compas, Passer de Cythère aux écoles.
Et manquer des calculs frivoles Au lieu de compter leurs appas.
De Phaon, l'amante plus sage, Qui ne chanta que ses amours, De Tesprit qu'elle eut en partage, Fit-elle un abus si sauvage? .
Perdit-elle ainsi ses beaux jours ?
ao6 Poésies de Gentil^Bernard.
Quand des tristes Zenon d'Athène, L'erreur étendant le pouvoir Du portique à la cour romaine Apporta Tennui du savoir, Vit-on de leur étude avide, Julie oublier nos chansons.
Et prendre en secret les leçons D'un autre art que celui d'Ovide ?
Qu'Uranie, au front soucieux Tristement couronné d'étoiles.
Perce la nature et ses voiles, Parcoure et compassé les cieux.
Mais toi, dans l'enceinte dorée D'un entresol délicieux.
Livrée aux soins officieux Des suivantes de Cythérée, Ne vois que ces riens précieux Dont brille la beauté parée.
Et sur ton image adorée Fixe ton étude et tes yeux.
Tout est là, quel autre système.
Quel autre esprit peut t'animer ? Ignorer tout, mais tout charmer, Voilà ta science suprême; Plus savante que Newton même.
Si tu savois encore aimer?
Tandis qu'un petit Zoroastre Veille aux portes du firmament Et cherche au ciel quelque désastre.
Épi très, zcfj
Dans ton alcôve obscurément, Observe à tes pieds un amant Et renonce au coucher d'un astre; Le flambeau d'amour est le tien :
Qu'il préside au plus doux lien, Qu'il serve aux plaisirs du mystère.
Et que sa flamme qui t'éclaire Se change, selon tes désirs, En cette lampe de Cythère, Nocturne témoin des plaisirs.
Au tourbillon de ton ivresse.
Que le sommeil et la mollesse Ne te conduisent qu'à rêver; Et par une étude certaine.
Vois chez toi, pour tout phénomène, L'aurore à midi se lever.
Si, prenant un vol curieux.
Tu veux, d'une âme plus active.
Franchir le cercle injurieux Où le préjugé te captive.
Ajoute au don de la beauté Les arts et les talents aimables ; L'amour est par eux excité.
Et par plus d'objets arrêté A des triomphes plus durables.
Connois l'art profond des accords^ Fais parler un clavier sonore.
Et prête une âme à ses ressorts.
Par un chant plus flatteur encore.
Suis les pas, surpasse la voix
2o8 Poésies de Gentil^Bernard,
De Terpsichore et des sirènes, Et par tous ces dons à la fois Présente à nos cœurs plus de chaînes.
Aux yeux des Pindare jaloux, Fais voir ma sublime écolière ; Fais des vers tendres comme nous.
Oh I que le charme en sera doux Si ton cœur en fait la matière I Pour t*instruire et pour t'écouter, L'Amour m'a déclaré ton maître; Je vais Rapprendre à le chanter; Mais t'apprendrai-je à le connoîtrer