EPITRE XXIII A DORIS
De
^ORis, confidente des Grâces, Toi, que la beauté mêm*e appelle à son secours,
D'Églé tu suis partout les traces.
Tu pares ses attraits^ tu formes ses atours.
Et chaque ornement que tu places
Est un piège pour les amours.
Des parures du goût Télégant assemblage
Fait par toi le charme des yeux.
Tu sais rappeler Flore et réparer l'outrage
Que fait le temps injurieux.
Tu peux le disputer aux dieux
Dont tu rends plus parfait Touvrage.
Quelle fée auroit ton pouvoir, Lorsqu'un sceptre léger sous ta main fait mouvoir
Epîtres, 217
Ces boucles, ces tresses légères; Quand sur les traits d'Églé, par ton art embellis, Tu mêles rincamat des roses étrangères
A la pure blancheur des lis ?
Quel bonheur est le tien ! que les dieux que j'implore N'ont- ils donné ton sort à mes désirs !
Quand le jour, achevant d'éclore, De Flore et de Zéphyr éclaire les plaisirs, Tu la vois dans son lit, cette Églé que j'adore,
Plus fraîche que l'Aurore,
Plus folâtre que les Zéphyrs.
Quel spectacle à mes yeux y renaîtroit sans cesse !
UÉglé nuit et jour occupé.
Je verrois ce désordre où le sommeil la laisse, De ses bras étendus, de son sein échappé,
M'offrir l'image enchanteresse.
Je la suivrois au bain, où mes sens plus épris
Jouiroient cent fois davantage.
Mes avides regards se feroient un passage Dans le cristal des eaux qui baignent ma Cypris.
Mais Églé s'éveille et te sonne.
De mille amours déjà la foule t'environne.
Lève avec ses rideaux le bandeau du sommeil.
Que ne puis-je être à son réveil !
De mille vœux confus c'est la foule nouvelle.
Cette Églé qui, jamais d'accord.
Veut tout, ne veut plus rien, te renvoie et t'appelle. Se lève, fuit le jour, te gronde et se rendort.
ai8 Poésies de Gentil-Bernard,
Jaloux de tes belles journées.
Dons, que ne puis-je avec toi Changer mes tristes destinées !
Doris, je donnerois, je croi, Le règne entier du plus grand roi Pour une de tes matinées.
Tfî^^i^tr