ÉPITRE XXIV A THÉMIRE
LIEU sombré, asile du mystère, Où j'ose porter mes regards Sur tous les secrets de Cythère; Où l'Amour, me prêtant ses dards.
M'enseigne, aux genoux de sa mère, A chanter le plus beau des arts; Beau lieu, rassemblez sur ma tête Tous les myrtes de ce séjour.
Que les rayons du plus beau jour Éclairent la plus belle fête; Mon art a servi mon amour.
Enfin Thémire est ma conquête.
O vous, plaisirs, que j'ai chantés !
Nuits de bonheur, jours de tendresse, Jeux, jouissances, voluptés.
2ZO Poésies de Gentil^Bernard,
Qu'êtes-vous près de cette ivresse, Près des charmes que j'ai goûtés Auprès de mon enchanteresse?
Que tout songe ici disparoisse Quand j'embrasse les vérités.
Divins maîtres de l'harmonie.
Remportez le prix du génie.
Au seul honneur du sentiment Votre admirateur veut prétendre :
Laissez au plus sensible amant Le prix de l'amour le plus tendre.
Écoutons leurs doctes chansons, Thémire; et dans la douce ivresse Des plaisirs dont nous jouissons, Donnons l'exemple de tendresse, Dont ils ont donné les leçons.
Si notre ardeur se fait connoître.
Les insensibles se rendront, Les infidèles reprendront La loi du dieu qui fut leur maître, £t les neuf puoelles viendront Pour apprendre à cesser de l'être.
Il est temps d'arrêter le cours Des libres transports de mon âme; Juge de l'excès de ma flamme, Au désordre de mes discours.
Que l'amant craintif qui soupire Hésite à conter son tourment,
Epîtres,
Que le faible son de sa lyre S'élève et croisse lentement, Pour dire en tremblant qu'il désire ; Mais lorsqu'on aime et qu'on inspire Ses feux, sa joie et ses désirs; Qu'on ose et tout faire et tout dire.
L'amant heureux dans son délire Doit ainsi chanter ses plaisirs.