ODE III LA ROSE
TENDRE fruit des pleurs de T Aurore, Objet des baisers du zéphyr, Reine de l'empire de Flore, Hâte-toi de t'épanouir.
Que dis-je? hélas! crains de paroître, Diffère un moment de t'ouvrir; L'instant qui doit te faire naître Est celui qui doit te flétrir.
Thémire est une fleur nouvelle.
Qui subira la même loi ; Rose, tu dois briller comme elle; Elle doit passer comme toi.
Descends de ta tige épineuse. Va l'embellir de tes couleurs :
Odes, 235
Tu dois être la plus heureuse.
Comme la plus belle des fleurs.
Va, meurs sur le sein de Thémire; Qu'il soit ton trône et ton tombeau.
Jaloux de ton sort, je n'aspire Qu'au bonheur d'un trépas si beau.
Suis la main qui va te conduire Du côté que tu dois pencher; Éclate à nos yeux, sans leur nuire ; Pare son sein sans le cacher.
Là, si quelque autre main s'avance, Là, si quelque autre est mon égal.
Emporte avec toi ma vengeance, Garde une épine à mon rival.
Tu vivras plus d'un jour, peut-être, Sur le sein que tu dois parer; Un soupir t'y fera renaître.
Si Thémire peut soupirer.
Fais-lui sentir, par mes alarmes.
Le prix du plus grand de ses biens ; En voyant expirer tes charmes, Qu'elle apprenne à jouir des siens.