ODE IV LES BAINS DE LAURE
CETTE grotte est l'asile aimable Où Laure échappe aux feux du jour.
Cette onde est son bain délectable; C'est là que sa main redoutable Trempe tous les traits de l'Amour.
Quand la fraîcheur ici l'appelle, Zéphire ose seul approcher; J'y vois chaque roseau fidèle, Qui cache un Amour nu comme elle, Qui craindroit de l'effaroucher.
Confidents des beautés de Laure, Beaux lieux, que vous me serez chers !
Témoins de tout ce que j'adore, Ruisseaux, coulerez-vous encore Pour chercher Vénus sur les mers ?
Odes. zyj
Ah I si dans ce lieu solitaire Je pouvois sans être aperçu...
Qu'ai-je dit? Quel vœu téméraire I C'est Fabri sacré du mystère, Jamais mortel n'y fut reçu.
Que vois-je? quel soupçon m'anime 1 Quels noms I quels chif&es odieux I Ce sable interprète son crime.
Ah I je vois aux pas qu'il exprime, Qu'elle n'a pas fui tous les yeux.
O dieux ! quel changement extrême I O l'abîme 1 ô l'affreux séjour I Cette onde est le Cocyte même; Fuyons l'antre de Polyphème, Et périsse à jamais l'amour I