LA LYRE D'AMOUR
NON, rien ne doit plus t'alarmer :
Asservis, possède un cœur tendre, Aussi fidèle pour t'aimer, Qu'il fut empressé pour se rendre.
Par un soudain enchantement.
Ma liberté me fut ravie, Et l'ouvrage d'un seul moment Fera le destin de ma vie.
Du trait qui partit de tes yeux, L'Amour lui-même fut le guide ; De ses flèches la plus rapide Est celle qui blesse le mieux.
Me vaincre étoit peu pour sa gloire ; Et ce fut le jeu d'un enfant;
Odes. 243
Remporter sur toi la victoire Fut refibrt^d'un dieu triomphant.
Contre toi, d'une main timide^ Il prit son carquois redouté; Mais il n'osa frapper l'égide Dont le ciel armoit ta fierté.
Gonnoissant le goût qui t'inspire Pour les chants du sacré vallon, L'Amour instruit par Apollon De son carquois fit une lyre.
Attentive à ses doux accents, Tu ne craignis plus de l'entendre ; Et ton cœur se laissa surprendre Par la trahison de tes sens.
Cette lyre, à ta voix unie, Enchanta le docte séjour.
Eh I que n'inspire point l'amour, Quand il est le dieu d'harmonie !
Chaque son, produit sous tes doigts, ^ Devenoit un trait plein de flamme :
Ainsi l'enchanteur de ton âme Lançoit mille traits à la fois.
Tu fus soumise à son empire Et docile aux tendres leçons ;
244 Poésies de Gentil^Bernard.
Ta voix répéta ses chansons, Ton cœur éprouva son délire.
Sur cet instrument séducteur^ Qui servit à fléchir ton âme, L'amour chanta Tépithalame Des noces dont il fut l'auteur.
O toi qui m'as donné Thémire, Mets le comble aux biens que tu fais ; Amour, laisse-moi cette lyre.
Pour fixer Thémire à jamais.