ODE VIII LE SOMMEIL IMPOSSIBLE
DANS ses amours aussi changeante Qu'elle est inégale en son cours, Chaque nuit, la lune inconstante Changeoit de phases et d'amours.
Endymionj-quitté par elle, Au puissant Morphée eut recours, Et, pour oublier l'infidèle, Obtint qu'il dormiroit toujours.
Sommeil, règne ainsi sur mon âme; Une ingrate en fait le tourment; Mais juge à l'excès de ma flamme Si tu peux la vaincre aisément.
Dieu du repos, dieu que j'implore.
Par toi mes yeux vont se fermer,
9^6 Poésies de Gentil-Bernard.
L'ingrate... Mais j'y songe encore...
Donnons, je ne veux plus Taimer.
Si pourtant, plaignant ma disgrâce, Laure songeoit encore à moi...
Dieux I... je vois Daphnis qui l'embrasse !.. Sommeil, fais donc ce que tu doi.
Jaimois d'une ardeur si fidèle !
Et son lâche cœur asservi...
A pu... Mais rends-moi donc, cruelle, Le sommeil que tu m'as ravi.
Non, non, rien ne peut me le rendre.
Moi, dormir I... vaine illusion I Malheureux I ai-je dû prétendre Au miracle d'Endymion ?
Je veux que le dieu des mensonges Me verse un breuvage pareil ; Quand je serai sûr du sommeil, Eh I qui me répondra des songes ?