‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 10 sur 361 · XIV VIE DE PIERRE DE RONSARD · texte numérisé non relu

XIV VIE DE PIERRE DE RONSARD

bastir une nouvelle fortune en France, où il trouva sortable party pour s*establir au pays de Vandomois, région fertile et agréable tant pour la température du ciel que pour la bonté du terroir. De là fit souche ceste maison des Ronsardsfrançois, d'où sortirent plusieurs grands personnages et entre autres un Julian, qui fut (à ce que Ton dit\ evesquc du Mans, et continua en nobles et grandes alliances jusques à Loys de Ronsard, père de Pierre, qui s'allia de la maison de Chaud rier, conjointe de proche alliance à celle de Bouchage, de la Trimouilie et de Rouaux, desquelles sont sortis plusieurs grands capitaines et illustres seigneurs, dont nos histoires françoises et la France encor, à bon droit, se glorifient. Quant à celle de Chaudrier, elle fut fort recommandée en son temps pour le regard et signalé service qu*eile fit à la France, ayant repris sur les Anglois la ville de la Rochelle, en remarque de quoy y a une rue qui se nomme encore aujourd'huy du nom de Tun de ceste famille...

Loys de Ronsard, son père, fut chevalier de Tordre et maistre^*hostcl du roy François !'% qui pour la sagesse et fidélité qui estoit en luy fut choisy pour accompagner François, dauphin de Viennois, et Henry d*Orléans, ses enfans, en Es'pagne, pendant quMls furent en hostage pour le roy leur père, d*où il les ramena au grand contentement de la France... Du mariage de Loys et de Jeanne de Chaudrier nasquit Pierre de Ronsard, au chasteau dela)Poissonniere, au village de Gousture, en la varenne du bas Vandomois, situé sur le pied d*un cousteau qui regarde la région septentrionale, un samedy 11 de septembre 1524^ Mais

Charpentier, 18 13) ; joindre à cet ouvrage un article sur Joachim du Bellay^ par Sainte-Beuve, inséré dans le Jou/mal des savarUs^ et reproduit au tome XIII des Nouveaux Lundis ; l'article Ronsard^ dans le Dictionnaire de Ba,yle ; Ronsard considéré comme imitateur d'Homère et de Pindare, par M. E. Gandar, Metz, 1854, in-8»: Observations sur l'usage syntaxique de Ronsard et de ses contemporains j par M . W. Edouard Lidforss. Stockholm, 1865, in-8'; la Versification de Ronsard j par le professeur Bûscher. Weimar, 1867 (dans le comptée rendu des cours faits au gymnase de Weimar). Sur la naissance de Ronsard, voy. le Journal de Verdun^ 1757, p. 186 et 410.

1 . Cette date a été contestée ; mais bien que les considérations qui feraient reporter la naissance de Ronsard au 11 septembre 1525 ne soient pas sans importance, nons croyons que, jusqu'à nouvel ordre, il faut s'en tenir a l'affirmation de Cl. Binet. La détermination exacte de la naissance de Ronsard est un problème que les données actuelles laissent insolubles. En effet, le témoignage qui,

VIE DE PIERRE DE RONSARD. xv

Ku sans flEilut que le jour de sa naissance ne fust aussi le ar de son enterrement; car, comme on le portoit baptizer du chasteau de la Poissonnière en Teglise du lieu, celle qui le portoit, traversant un pré. le laissa tomber par mes^rde à terre, mais ce fut sur 4'herbe et sur les fleurs, qui le receurcnt |)lus doucement...

Il ne fust Taisné de sa maison, ains eut cinq frcrcs nez au|)araYant luy, dont les deux moururent au berceau ; trois autres avec nostre Ronsard restèrent, dont Taisné fut Claude de Ronsard, qui suivit les armes ; Loys. qui estoit Tun des trois, fut abbé de Tyron et de Beaulieu \ Quant à Pierre, son père le fit instruire en sa maison de la Poissonnière, aux premiers traits des lettres, par un précepteur qu'il y tint exprès jusques à Tâge de neuf ans, qu il ût conduire à Paris, au collège royal de Navarre, où estoit lors Charles, cardinal de Lorraine, qui le cognent et Tai ma dès lors pour ses premières vertus, pensant son père qu*il deust continuer Tesperance qu*il avoitconceue de luy, lors qu*avec une si grande vivacité d*esprit il surpassoit tous ses frères à comprendre les premiers commencements des lettres. Il n'avoit pas été demi-an sous la charge d*un de

à défaut d'actes authentiques, prime tous les autres, celui de Ronsard lui-même, est entaché d'eiTeur. Voici comment il s'exprime dans VÉiégie à Remy BeUeau :

I/an que le roy François fut pris devant Pavie, IjC jour d'un samedi, Dieu me presta la vie, I/onriesme de septembre

La bataille de Pavie a eu lieu un vendredi, 21 février 1521, d'après l'ancienne manière de compter les années, mais le 24 février 1525. d'après la nôtre. L'Klégic à Remj Belleau se trouvant dans l'édition de 1560 a été écrite sous l'ancienne chronologie, antérieurement à redit de Charles IX ; ce serait donc bien à Tan 1521 qu'il faudrait placer la naissance de Ronsard. Mais nous n'insistons pas. Ce que nous vonlous faire remarquer, c'est que, contrairement à l'affirmation de Ronsard, le U septembre 1524 (avant la bataille de Pavie) était un dimanche^ et le 11 septembre 1525 (après la bataille de Pavie) était un lundi, A quelle date reporter la naissance de Ronsard ? Dans les années 1518 et 1529 seulement, le U septembre tombe un samedi ; dans Tannée 1524, il n'y a que le mois de juin où le 11 soit un samedi ; dans l'année 1525, ce sont les 11 février, U mars et 11 novembre qui sont des samedis. U faut donc s'en tenir à la date donnée par Cl. Binet, puisqu'en l'adoptant, on aCténue, le plus possible, l'erreur commise par Ronsard.

1. lie troisième s'appelait Charles et fut curé d'Évaillé en Venddfpois. V. la Famille de Ronsard, p. 34.

XVI ViE DE PIERRE DE RONSARD.

Vailly, quand, rebuté par ses précepteurs, comme ordtnairemeat un beau naturel ne veut estre forcé par une rigueur pedantesque, il commença à se dcgouster de l'estude; de quoy son père adverti, le fit venir en Avignon, où pour lors estoit le roy, sur les préparatifs d*une grande et puissante armée contre Tempereur Charles V, et le donna pour page à François, fils aisné du roy, le dédiant aux armes« avec lequel il ne fut que trois jours qu*il mourut à Tournon. De là, il fut donné à Charles, duc d'Orléans, second fils du roy.

Afin de lui faire voir du païs, le duc d*Orléans le donna page à Jaeoues de Stuart, roy d*Escosse, qui estoit venu espouser madame Magdeleine, fille du roy François, qui remmena en son royaume, où il demeura deux ans, et en Anp^etorre six mois. Ayant appris la langue en peu de temps, il acquit si grande faveur près de ce prince, qui Taimoit fort, que peu s'en falut que la France ne perdist celuy qu'elle avoit nourri pour estre un jour la trompette de sa renommée. Le bon instinct do vray François le chatouilloit à toute heure de revenir en France, ce qu'il fit, et se retira vers le duc d'Orléans, son maistre, qui le retint page en son escurie,où il avoit pour compagnon etfamilier amy le seigneur Carnavalet. Mais comme le duc d'Orléans eut pris garde que Ronsard en tous exercices estoit le mieux appris de ses pages, fust à dancer, luiter, sauter ou escrimer, fust à monter à cheval et le manier ou voltiger, ne voulant qu'un si beau natarcl s'engourdist en paresse, il le dcspecha pour quelques affaires en Flandre et Zelande, avec charge expresse de passer jusques en Escosse, ce qu'il fit, s'estant embarqué avec le sieur de Lassigny,gentilnomme françois ; auquel voyage, pensant tirer en E^sse, le vaisseau auquel il estoit fut tellement durant trois jours pourmené par la tempeste, qu'il cuida, sur la coste d'Angleterre, estre brisé contre un rocher ^..

Retourné qu'il fut de ce voyage, ayant atteint seulement l'âge de quinze à seize ans, ayant esté au duc d'Orléans cinq ans et jusques à son decez, et depuis à Henry, qui fut rûy, l'an 1540, fut mis en la compagnie de Lazare de Balf, grand personnage, et desplus doctes de ce temps-là, lequel, ayant ja esté employé en belles et grandes charges, alloit lors ambassadeur ()our le roy à Spire, ville impériale d'Allemagne, où se devoit tenir une diète... Il apprit en peu de temps la langue allemande, ayant l'esprit capable de iou-

1. Sur tonte cette première partM de la vie de Ronsard, voyei V Élégie à Remy BeUeau*

VIE DE PIERRE DE RONSARD. xvn

teti dlsoi|Mftié8| qu'il rnooniia beaucoup en la oompamila (Tttll 8l sçatant personikage, que les plus doctes d*Alleitiagne recherchoient non tant pour le rang qall tenoit que pour sa doctrine singulière. Après ce voyage il en fil an antre en Piémont avec ce grann capitaine de Langey, pour fllire service au roy^ en la profession où ie flot des affaires du temps, et non 1 inclination de sa nature, le poussoit.

S^estant puis après retiré en la cour, il lui avint un mal- Hear, s'il faut l'appeler de ce nom, ce qui fiit cause d*un plus grand Men ;... il devint sourdaut, maladie qui lui a tontinué jusques à la mort, et qui a semblé être fatale à nos poètes, comme à du Bellay, à nostre Dorât et autres... J'Speleray toutefois ce mal-heur bien-heureux qui fut cause que Ronsard, qui pour s'avancer près des grands par le Cliemin des courtizans eust peut estre perdu son temps inutilement, changea de dessein et reprit les estudes lais* sées, encore qu'il eust ja assez bonne part aux grâces du roy Henry II nouvellement venu à la couronne, duquel il avoit esté quelque temps pa^e sous la charge au sieur de Granval ; car ce prince l'estimoit entre tous les gentilshommes de sa cour pour emporter le prix en tous les honnestes exercices auxquels sa noblesse de France estoit ordinairement addonnée... Outre que sa beauté et sa grâce le rendoit fort agr^ble à tout le monde ; car il estoit d'une stature fort belle, auguste et martiale, avoit les membres forts et proportionnez, le visage noble, libéral et vrayement françois, la barbe blondoyante, cheveux chastains, nez aquilin ^ les yeux pleins de douce gravité et le fh)nt fort serain, mais sur tout sa conversation estoit facile et attrayante. Ayant pris sa nourriture avec la Jeunesse du roy, et presque de pareil âge, il commençoit a estre fort estimé près de luy ; et de fait le roy ne faisoit partie, fUst à la luitte, fust au balon et autres exercices propres à decoordir et forlifler la jeunesse, où Ronsard ne f\ist tousjonrs appelé de son costé.

Or quelque faveur qu'il le peust chatouiller et qui semblast le semondre à une belle fortune, demeurant en cour, considérant qu'il estoit malaisé avec le vice d'oreilles de s'y avancer et d'y estre agréable, où l'entretien et discours sont plus nécessaires que la vertu et où 11 faut plustot estre muet que sourd, il pensa de transférer l'office des oreilles à Celuy des yeux par la lecture des bons livres et se mettre h lestude à bon escient... Et ce qui luy augmenta ce

1. Sur les portraits de Ronsard, Toyes le chapitre Iconographie diCBs la FatniUe de Ron$à»nà, p. lOt et scIt.

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