‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 11 sur 361 · XVIII VIE DE PIERRE DE RONSARD · texte numérisé non relu

XVIII VIE DE PIERRE DE RONSARD

désir, fut un gentil-homme nommé le seigneur Paul, Kscos? sois, ainsi que disent aucuns (Baïf m'a asseuré toutesfois qu'il estoit Piemonlois), lequel avoit eslé page avec Ronsard et ne laissoit de hanter Tescurie du roy, qui estoit lors une escole de tous honnestes et vertueux exercices, comme aussi faisoit Ronsard. Ce gentil-homme avoil fort bien esludié les poêles latins, et mesme lors qu'il estoit page avoit tousjours un Virgile en main, interprétant aucunes fois à Ronsard quelques beaux traits de ce grand poète, où il prit si grand appétit que depuis il ne fut jamais sans un Virgile, jusques à l'apprendre entièrement par cœur... Il ne laissoit toutesfois d'avoir tousjours en main quelque poète françois, qu'il lisoit avec jugement, et principalement (comme luy-mesme m'a maintes fois raconté), un Jean le Maire de Belges, un romant de la Rose et les œuvres de Clément Marot, lesquelles il a depuis appelé, comme on lit que Virgile disoit de celles d'Ënnie, les nettayeures dont il tiroit, comme par une industrieuse iaveure, de riches limures d'or.

Fust donc par la lecture de ces livres, fust donc par la hautise de ce docte genlil-homme qui luy donna entièrement le goust de la poésie et le premier jetta en son esprit la semence de tant de beaux fruits qu'il a depuis produit à l'honneur de nostre France, Tan i543, il fit trouver bon à son père le désir de se remettre aux lettres, mais non en intention qu'il s'adonnast à la poésie, luy défendant expressément de tenir aucun livre françois, l'ayant cogneu presque dès le berceau enclin au mestier des Muses... Son

)ere mourut bientost après, à sçavoir le sixième jour de , uin 1544, en la ville de Paris, servant son quartier chez

e roy. Ronsard donc voulant recompenser le temps perdu, ayant le plus souvent pour compagnon le sieur de Carnavalet, geniil-homme breton, et des mieux nourris, se desroboit de Tescurie du roy, près de laquelle il estoit logé aux Tournelles, pour passer l'eau et venir trouver. Jean Dorât, honneur du païs Limosin, excellent personnage et celuy que l'on peut dire la source qui a âbbrcuvé tous nos poêles des eaux Pierienncs, ou, comme Ronsard a dit de luy, le premier qui a destoupé la fontcine des Muscs par

les outils des Grecs et le recueil des sciences mortes

Dorât demeuroit lors au quartier de l'Université, chez le seigneur Lazare de Baïf, maistre des requestes ordinaire de i'hostel du roy, etenseignoit les lettres grecques à Jeaur Antoine de Baïf, son fils, personnage aussi des plus doctes et des premiers compagnons de Ronsard, ei maintenant un des derniers surviyans à ceste première et docte volée

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de bons esprits, qui se fit paroistre en ce temps-Hi et auquel est deu l'honneur des premiers Tersfnnçois mesurez à la mode des Grecs et Latins.

Depuis Ronsard ayant sceu que Dorât alloit establir une académie au collcgedc Coq uerel, duquel on luy avoit baillé le gouTeraemenl, ayant sous sa charge le jeune Baîf, il délibéra de ne perd'n» une si belle occasion et de se loger avec luy ; car ayant esté comme charmé par Dorât du phyltre'des bonnes lettres, il vid bien que pour sçavoir quelque chose, et principalement en la poésie, il ne falloit puiser l'eau es rivières des Latins, mais recourir aux fonteines des Grecs. Il se fit compagnon de Jean -Antoine de Raîf, et commença par son émulation à csludier: vray est qu*il y avoit grande différence, car Baîf estoit beaucoup plus avancé en l'une et Tautre langue, encore que Ronsard surpassast beaucoup BalT d*âge. Néantmoins la diligence du maistre, Tinfatigable travail de Ronsard et la conférence amyable de Baîf, qui à toutes heures lui desnouoit les plus fascheux commencemens de la langue grecque, comme Ronsard, en contre eschange. lui apprenoit les moyens qu'il sçavoit iK)ur s*acheminer à la poésie françoise, furent cause qu en peu de tomps il récompensa le temps perdu. Et n'est à oublier que Dorât, par un artifice nouveau, luy apprenoit la langue latine, sçavoir est par la grecque. Nous nepouvons aussi oublier de quel désir et envie ces deux futurs ornemens de la France s adonnoient à l'estude ; car Ronsard, qui avoit esté nourri jeune ii la cour, accoustumé à veiller tard, continuoit à Tcstudc jusques à deux ou trois heures après minuict, et se couchant réveilloit Baîf qui se levoit et prcnoit la chandelle et ne laissoit refroidir la place.

En ceste contention d'honneur, il demeura sept ans avec Dorât, continuant tousjours l'estude des lettres grecques et latines et de la philosophie et autres bonnes sciences,

λour lesquelles il fut aussi auditeur d'Adrian Turnebe, ecteur du roy, et l'honneur des bonnes lettres. Il s'adonna des lors souvent à faire quelques petits [)Oomcs, où paroissoit dos lors je ne sçay quoy du maguanimc charactere de son Virgile, premiers essais d'un si brave ouvrier. Quand Dorât eut veu que son instinct se dcceloil à ces petits eschantillons, il luy prédit qu'il seroit quelque jour l'Homère de France ;... et, pour le nourrir de viande propre, luy leut de plain vol le Promethée d'Gschile, pour le mettre en plus haut goust d'une poésie qui n'avoit encore passé les mers...: « Et quoy, dit-il à Dorât, mon maistre, m'aviez- vous caché si longtemps ces richesses ? » Ce fut

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