XXVIII VIE DE PIERRE DE RONSARD
Il ne fut pas moins estimé 4a roy Henry lil, à présent régnant, duquel les tant heureuses vietoires avoient servi de sujeei à sa Muse, que du feu roy, mais non si familièrement caressé ; et s'en est plaint ouvertement, disant plein d*bumeur françoise qu'il vouloit que le roy Taimast, et pour preuve d*amil!é luy commandas!, et en signe de bon service Thonorast et le gratifiast. Vray est que depuis douze ans les gouttes fort douloureuses l'avoient tellement assailly qu'il luy estoit presque impossible de faire la court, ioinct qu il n'a voit oncques esté de son naturel courtisan importun et ne sepouvoit contraindre pour se trouver aux heures des grands. Voila pourquoy ceste familière privante, qui se doit acquérir ei continuer par une hantise ordinaire, ne fut telle que sous le roy Charles, encores que son Hierile la recommandast assez et le rendist tousjours présent en la mémoire de nostre bon et sa^ roy. Il fut tant admiré par la royne d'Angleterre, qui lisoit ordinairement ses escrits, qu'elle les voulut comparer à un diamant d^eioellente valeur qu'elle luy envoya. De mesmes aussi ceste belle royne d'Escosse, toute prisonnière qu'elle estoit, laquelle ne se pouvoit saouler de lire ses vers sur tous autres, en recompense desquels et de ses louanges parsemées, Tan 1583, elle luy fit présent d'un buffet de deux mil escus qu'elle \yy envoya par le sieur de Nauson, secrétaire, avec une inscription sur un vase qui estoit elabouré en forme de rocher, représentant le Parnasse et un Pégase au densus. L'inscription portoit ces mots : A Ronsard, C Apollon de Ul source des Muses.
11 contracta telle amitié avec le sieur Galland, chef et seigneur de l'académie de Boncourt, docte personnage certes, digne de ce nom et d'une telle rencontre, que depuis dix ans venant à Paris à diverses fois il l'avoit tousjours choisi pour son hosle, aimant naturellement ce lieu pour le bel air et l'appelant le Parnasse de Paris. Le dernier voyage qu'il y nt fut au mois de février mil cinq cens <]uatre vingts cinq et y demeura jusques au 13 du mois de juin ensuivant, durant lequel temps il ne bougea presque du lict, tourmenté de ses gouttes ordinaires. Il passoit néantmoins le temps à faire quelquefois des vers et entre autres fit l'Hymne à Mercure qu'il me donna.*.
11 fil faire un coche pour s'en retourner en la compagnie duditGailand, sans lequel il ne pouvoit vivre, l'appelant ordinairement sa seconde ame, comme il le déclare assez en ce fragment qu'il n'a peu achever, prévenu de mon :
VIE DE PIERRE DE RONSARD. xxîx
Gâlland, ma seconde ame, atrelMUtique raee, Encor* que nos ayeoz aj'nt emmuré la pboe De nos villes bien loin, la tienne près d*Arraf, La mienne près Vendosme, où le Loir de ses bras Arronse doucement nos collines Tineases Et nos champs fromentiers de vagaes limoneuses, Et la Lise des tiens qai baignent ton Artois S'enfuit au sein du Rhin, la borne des Gaulois; Pour estre séparé de villes et d'espaces Cela n'empesche point que les trois belles Grâces, L'honneur et la vertu, n'ourdissent le lien Qui serre de si près mon cœur avec le tien.
Heureux qui peust trouver pour passer l'avantore De ce monde un amy de gentille nature Comme tu es, Galland, en qui les cieux ont mis Tout le parfait requis aux plus parfaits amis. Ja mon soir s'embrunit et desja ma journée Fuit vers son occident à demy retournée ; • I^e Parque ne me veut nj me peut secourir.
Ecofe ta carrière est bien longue à courir, Ta vie est en sa course, et d'une forte haleine Et d'un pied vigoureux tu fais jaillir l'areine Sous tes pas, aussi fort que quelque bon guerrier Le sablon aeléan pour le prix du laurier.
11 se fit mener à Groix-Val qui estoit sa demeure ordinaire, pour eslre un lieu fort plaisant et voisin de la forest de Gastine et de la fontaine Bellerie, par lui tant célébrez, et pour estre le païs de sa naissance. Mais comme il aimoit à changer, au mois de juillet il se fil porter en son prieuré de Saint Gosme, y detnearant Met ou dix jemrs, pour retournera Groix-Val, où il séjourna assez len^lemps. Le 22 du mois d'octobre, il eserivit au sieur Gaflanél, elte suject de ses lettres estoit qu'il estoit devenu fort ftM^^le et maigre depuis quinze jours, qu'il craij^it qnt lesfœfHes d'automne ne le vissent tomber avec elles, que la volonté de Dieu fust faiie et qu'aussi bien, parmy tant de douleurs nerveuses ne se pouvant soustenir, il n estoit plus qu'un inutile fardeau sur la terre, le priant au reste 4e 1 aller trouver, estimant sa présence luy esire un remède.
Quelques jours après, comme la douleur luy augmeatoit et que ses forces diminuoient, ne pouvant dormir powr findigestion et grandes douleurs d'estomacb qu'il sentoilt il envoya quérir avec un notaire le curé de Xernay pour déposer le secret de sa volonté^ ouït la messe en grande dévotion, et, s'estant fait habillé premièrement, receut la chrestienne communion, ne voulant tanti son aise recevoir celuy qui^avoit tant enduré pour nous, regrettant sa