‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 201 sur 361 · Suppression de Vs par li- 3. Y. p · texte numérisé non relu

Suppression de Vs par li- 3. Y. p

tion. Puis elle se rend dans l'antre de la Jalousie et lai ordonne de porter le trouble dans le cœur de Clymène.)

« Vieille, debout, marche en Crète, et te haste ; Pren tes serpents, et de Clymene gaste Par ta poison les veines et le cœur.

Dans restomac jette-luy la rancueur ^ Le desespoir, la fureur et la rage; Mesle son sang et trouble son courage ; Tu le peux faire et je veux qu'il soit fait. »... [58]

(La Jalousie obéit. Cependant Francus a reçu la lettre de Clymène ; il renvoie la nourrice d*un ton à la fois courroucé et railleur, sans lui cacher la préférence quMl a pour la belle Hjante. La nourrice retourne auprès de Clymène.)

« Réveille-toy, ma fille mieux aimée ; Ce beau Troyen, d'un autre amour piqué.

Et de ta lettre et de toy s'est moqué. »

Toute en sursaut, oyant 3 telle parole.

Se réveilla ; son esprit, qui s'en-vole Vers Testranger, emporté du penser, Luy fit ainsi ses plaintes commencer :

• Doncques ma lettre a servi de risée !

Ha I pauvre moy ! j'estois mal-avisée, Folle d'amour, d'envoyer un escrit A ce banni sans cueuret sans esprit.

Qui n'a sceu prendre aux cheveux la fortune ! C'est un niais que la mer importune Comme il mérite, et qui sottement pert Le bien qu'Amour lu}' a de grâce offert.

N'osant cueillir, pour crainte de l'espine.

Le beau bouton de la rose pourprine.

Puis il se vante, ô le brave empereur !

Que de la Gaule il sera conquereur', Qui n'a sceu vaincre une fille veincue.

J'ay de sa honte et l'ame toute esmeue.

Et tout le cœur; il n'est du sang -des preus,

1. Haine invétérée (R. deT.; 2. Part. prés, de ouïr. L . ; encore dans Mallierbe . ) 3. Conquérant (N . ) .

Mais d'un pasteur et d*un piqueur de bœufs.

Son front, ses yeux, son parler et sa grâce, Son port royal, qui les autres surpasse.

Sont, ô Venus, indignes de son corps.

Laid par dedans ci beau par le dehors I... [4]

« Du beau Paris (dont tu mens * la lignée) La beauté fut d'amour accompagnée ; Hélène à luy de bon cœur se rendit.

Et par combats dix ans la défendit.

Plein de sueur, de guerres et de peines ; Cœur généreux qui valoit cent Heleines.

Mais tu ne vaux, jeune escumeur de mer.

Qu'à bien ramer et non à bien aimer, Puisse arriver que ma sœur soit trompée, Et, sans espoir en ses larmes trempée^ Soit délaissée au front de quelque bord, Et qu'elle pleure aux vagues sans confort. »... |12]

Disant ainsi; de son chef elle arrache Ses longs cheveux, qu'en pleurant elle attache Contre son lict, signe de chasteté.

Et que son corps n'avoit encore esté Honni s d'amour ; puis sa chambre elle baise :

« Chambrette, adieu ; que j'estois à mon aise Ains que * ce traistre et fuitif ^ incognu A nostre bord naufragé fust venu ! »

Incontinent la fureur et la rage De jalousie irrite son courage.

Et tellement la douleur la ferut ^ Que par les champs hurtant elle courut.

C'estoit le jour que les folles Evantes, Criant Bacchus, seules, alloient errantes (Ayans les corps environnez de peaux) Par les forests, aux faistes des coupeaux ^,

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