ELEGIE AU SIEUR L'HUILLIER
Mon L'HuilIier, tous les arts appris dès la jeunesse Servent à Tarjtizan jusques à la vieillesse.
Et jamais le mestier en qui l'homme est expert. Abandonnant l'ouvrier, par l'âge ne se pert.
Bien que le philosophe ait la teste chenue Son esprit toutefois, se pousse outre la nue. Et tant plus sa prison est caduque, rt tanl niicnx Soy-mesme se dérobe et vole dans l'^s «.-ieuN. L'orateur qui le peuple attire par rduitilln, Celuy qui disputant la vérité réveille.
Et le vieil médecin plus il marche en avant, Plus il a de pratique et plus il est sçavant.
Mais ce bien n'advient pas à nostre poésie, Qui ne se voit jamais d'une fureur saisie Qu'au temps de la jeunesse, et n'a point de vigueur Si le sang jeune et chaud n'escume en nostre cœur, Lequel en bouillonnant agite la pensée Par diverses fureurs brusquement eslancée.
Et pousse nostre esprit ore bas, ore 2 haut.
Selon que nostre sang est généreux et chaut.
Et selon son ardeur, nous trouvans d'aventure Au mestier d'Apollon préparez de nature.
Comme on voit en septembre es tonneaux angevins Bouillir en escumant la jeunesse des vins.
Qui chaude en son berceau 3, à toute force gronde. Et voudroit tout d'un coup sortir hors de sa bonde, Ardante, impatiente, et n'a point de repos De s'enfler, d'escumer, de jaillir à gros flots. Tant que* le froid hyver luy ait donné sa force. Rembarrant sa puissance es prisons d'une escorce ;
1. Adressée à Jean Galland, poinçon où on mettait le nouveau dans les éd. posth. vin, le berceau de Bacchus. (JVote