‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 233 sur 361 · Les anciens appelaient le 1. Jusqu'à ce que · texte numérisé non relu

Les anciens appelaient le 1. Jusqu'à ce que

Ainsi la poésie en sa jeune saison Bouillonne dans nos cœurs, peu subjecte à raison. Serve de Tappetit, et brusquement anime D'un poète gaillard la fureur magnanime.

11 devient amoureux; il suit les grands seigneurs; Il aime les faveurs; il cherche les honneurs. Et, plein de passions, jamais il ne repose Que de nuict et de jour ardant il ne compose, Soupçonneux, furieux, superbe et desdaigneux, Et de luy seulement curieux et songneux.

Se feignant quelque dieu, tant la rage félonne De son jeune désir son courage aiguillonne.

Mais, quand trente -cinq ans ou quarante ont perdu Le sang chaud qui estoit dans nos cœurs espandu. Et que les cheveux blancs de peu à peu s'avancent. Et que nos genous froids à tremblotter commencent, Et que le front se ride en diverses façons. Lors la Muse s'enfuit et nos belles chansons, Pégase se tarist, et n'y a plus de trace Qui nous puisse conduire au sommet de Parnasse. Nos lauriers sont sechés, et le train de nos vers Se représente à nous boiteux et de travers ; Tousjours quelque malheur en marchant les retarde. Et comme par despit la Muse les regarde :

Car l'ame leur défaut, la force et la grandeur Que produisoit le sang en sa première ardeur.

Et pour ce, si quelqu'un désire estre poète.

Il faut que sans vieillir estre jeune il souhete. Prompt, gaillard amoureux : car, depuis que le temps Aura dessus sa teste amassé quarante ans.

Ainsi qu'un rossignol tiendra la bouche close Qui près de ses petits sans chanter se repose.

Au rossignol muet tout semblable je suis.

Qui maintenant un vers desgoiser je ne puis.

Et fallait que des roys la courtoise largesse (Alors que tout mon sang bouillonnoit de jeunesse) Par un riche bien-faict mvitastmes escrits, Sans me laisser vieillir san^ honneur et sans pris ;

Mais Dieu ne l'a voulu, ne * la dure fortune. Qui les poltrons esleve et les bons importune.

Entre tous les François j'ay seul le plus escrit, Et jamais Calliope en un cœur ne se prit Si ardant que le mien pour célébrer les gestes De nos roys, que j'ay mis au nombre des célestes •, Et nul n'est aujourd'huy en France grand seigneur Dont je n'aye chanté et rechanté Tbonneur ; Et si 3 de mes labeurs qui honorent la France Je ne remporte rien qu'un rien pour recompense. . . [48]

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