A MONSIEUR N. DE POUGNY DE RAMBOUILLET
Amour avoit d'un art malicieux ' Surpris la foudre à Jupiter son père, Luy, qui pardon à sa faute n'espère.
Pour eschapper abandonna lescieux... (16|
Il estoit las d'errer et de tirer.
Et plus au vent ses ailes il n'allonge, Quand^ sur le poinct^ que le soleil se plonge. Chercha logis, voulant se retirer.
Trois, quatre fois, à l'embrunir' du jour Il fit sonner le marteau sur la porte.
Soudain du lict vers le bruit je me porte ; J'entr'ouvre l'huis, lors je cognus Amour... [4]
« N'est-ce pas toy qui fus longtemps à moy, Quand tout ton sang bouillonnoit de jeunesse, Qui te dohnay mainte belle maistresse t Ouvre ton huis, je veux loger chez toy. »... [i]
Je lui respons: « Tu ne m'es estranger ; Je te cognois^ artizan de malice !
Malheureux est qui vit à ton service, Et plus maudit qui te daigne loger.
« Petites mains, petits pieds, petits yeux.
Oiseau léger qui vole d'heure en heure.
Sans foy, sans loy, sans arrest ny demeure.
Que la paresse a mis entre les dieux ;
« Sorcier, charmeur, affeté, mesdisant, Confit en fiel et en miel tout ensemble.
Ton coup de flèche au coup d'aiguille semble, Petite playe, et le mal bien cuisant.
« Tes meilleurs biens ce sont souspirs et pleurs,