‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 254 sur 361 · D'Aluye et de Fresne, secrétaires d'Ktafc · texte numérisé non relu

D'Aluye et de Fresne, secrétaires d'Ktafc

Que si du froid hyver la sifflante tourmente

Avoit terni les champs et en mille façons

Rué dessus les fleurs la neige et les glaçons.

Et que le sainct troupeau de cent nymphes compaignes

Ne vinssent plus de nuict danser en nos montaignes.

Bien que mon parc soit riche en vaches et taureaux, Et que sous ma faveur vivent cent pastoureaux Qui savent tous jouer des douces cornemuses.

Les mignons d'Apollon, de Mercure et des Muses; Et bien que mon flageol, sur tous le mieux appris. Quand il me plaist chanter, seul emporte le prix;... [4] Et bien que mes brebis ne soient jamais brehaignes S Bien que mille troupeaux beslent par mes campaignes ', Je voudrais n'avoir rien, Marion, sinon toy, Que je voudrois pour femme en mon antre chez-moy. Et parmi les forests, loin d'honneur et d'envie, User en te baisant le reste de ma vie... [4]

J'ay pour maison un antre en un rocher ouvert. De lambrunches sauvage et d'hierre * couvert. Qui deçà qui delà leurs grands branches espandent Et droit sur le milieu de la porte les pendent .. [10]

Là, s'il te plaist venir, tu seras la maistresse ; Tu me seras mon tout, ma nymphe et ma déesse, Nous vivrons et mourrons ensemble, et tous les jours Vieillissans nous verrons rajeunir nos amours. Tous deux nous estendrons dessous un mesme ombrage,

1. Stériles (N.; L.; Palsg., 305; (St-Alexis, p. 38; Chev., II, 59). Cbev., I, 306). En résumé Vi moaillait le gn^

2. On s'est aatorisé de ces ri- jouant le même rôle que devant mes pour conclure que ai se pro- U ', c'est l'orth . de convention nonçaitè (Ampère, Form.de la quia entraîné la pron. de ai en {. fr.f 433). M. Génin s'y oppose è, qui est restée dans certains avec raison ( Var.y p. 152). Ce sjs- mots, comme dans le nom de Montèmeest en effet anéanti pai* les taigne. Palsgrave aussi (Intr,^ deux mêmes mots à la rime XVII) rapproche l'un de l'autre quelques vers plus loin (campa- les deux groupes iU et ign.

gne, brehagné). Dans les poèmes 3. Vigne*,

assonnants les mots en ai asson- 4. Forme primitive du mot

nentavec les mots en a pur. Ai lierre (N. les distingue; L., hist.

^e prononçait comme l'ai des Grecs de Lierre ; Br. Dict . ; J . Gl*).

Tous deux nous mènerons nos bœufs en pasturage Dès la poincte du jour, les ramenant au soir Quand le soleil tombant en l'eau se laisse choir, Tous deux les mènerons quand le soleil se couche Et quand de bon matin il sort hors de sa couche; A toute heure^ en tous lieux ensemble nous irons, Et dessous mesme loge ' ensemble dormirons.

Puis au plus chaud du jour estant couchez à l'ombre, Aptes avoir conté de nos troupeaux le nombre. Pour chasser le sommeil je diray des chansoDs Que pour toy je compose en diverses façons.

Alors toy, doucement sur mes genoux assise, Maintenant tu ferois d'une douce feintise Semblant de sommeiller, maintenant tu ferois " Semblant de t'éveiller, puis tu me baiserois. Et presserois mon col de tes bras en la sorte Qu'un orme est enlacé d'une vigne bien forte ; Maintenant tu romprois de ton baiser mon chant. Maintenant tu irois de ta lèvre cherchant A m'oster le flageol hors de la lèvre mienne, Pour y mettre en son lieu le coural ^ de la tienne ; Puis tu me baiserois, et, me voulant flater, Tu voudrois quelquefois avecque moy chanter.

Quelquefois toute seule et comme languissante Je te verrois mourir en mes bras pallissante. Puis te ressusciter, puis me faire mourir.

Puis d'un petit sousris me venir secourir.

Puis en mille façons de tes lèvres vermeilles Me rebajser les yeux, la bouche et les aureilles, Et coup sur coup jetter des pommes sur mon sein. Que j'aurois et d'œillets et de roses tout plein. Pour rejetter au tien, qui maintenant pommelle Comme fait au printemps une pomme nouvelle... [16]

ALUYOT.

D'autant que du printemps la plaisante verdure

\, Maisonnette, hutte (N.; L,}, 2. Corail*,

Est plus douce aux troupeaux que la triste froidure, D'autant qu'un arbre enté rend un jardin plus beau Que le tige espineux d'un rude sauvageau, D'autant qu'un olivier surpasse en la campagne D'un saule pallissant la perruque brehagne^ Et d'autant qu'au matin la belle aube qui luit Surmonte de clarté les ombres de la nuict ; D'autant, ma Janeton, dessur toute pucelle Tu semblés à mes yeux plus gentille et plus belle... [8]

J'ay l'ame toute esmeue et le cœur tout ravi. Quand je pense en ce jour où premier je la vy Porter un beau panier (ainsi qu'une bergère). Allant cueillir des fleurs au jardin de ma mère, Si tost que je la vy, si lost je fu deceu.

Je me perdi moy-mesme, et depuis je n'ay sceu Soulager ma douleur, tant l'amoureuse flame, Descendant jusqu'au cœur, m'avoit embrasé l'ame. Elle avoit les cheveux sans ordre desliez, Frisez, crespez, retors, primes * et déliez 3 Comme filets de soye ; et de houpes garnie Luy pendoit aux talons sa belle souquenie*... [8]

Or, comme elle cueilloit une fleur de sa main. Par feintise, un bouquet lui tomba de son sein (Ou mainte fleur estoit l'une à l'autre arrengéo) Lié de ses cheveux et de soye orengée :

Je l'amasse û et l'attache au bord de mon chapeau, Et bien qu'il soit fany«, tousjours me semble beau. Comme ayant la couleur de ma face blesmie, Qui maugré mon printemps se flestrit pour m'amie.

Ainsi que je pleurois pour mon mal appaiser.

Elle saute à mon col, me donnant un baiser.

Ha ! je meurs quand j'y pense ! Et, de sa bouche pleine De roses, me versa dans l'ame son haleine... [4]

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