‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 257 sur 361 · Du Bellay. 4. Airs de danses* (L · texte numérisé non relu

Du Bellay. 4. Airs de danses* (L

Chantez à ce Chariot des chansons et des vers. Qu'il te tarde beaucoup que Vesper ne t'ameine Déjà la nuict pour mettre une fin à ta peine I Soleil, haste ton char, accourci ton séjour.

Chariot a plus besoin de la nuit que du jour. I/amitié, la beauté, la grâce et la jeunesse Appresteront ton lict, et par grande largesse Une pluye d'oeillets dessus y sèmeront, Et d'ambre bien-sentant les draps parfumeront. Mille petits Amours ayant petites ailes "^

Voleront sur le lict, comme es branches nouvelles Des arbres au printemps revolent les oiseaux. Qui se vont esgayant de rameaux en rameaux.

Comme un lierre espars pendra ta mariée A Tentour de ton col estroitement liée.

Qui d'un baiser permis ta bouche embasmera Et d'un autre plaisir ton coeur allumera.

C'est une prime fleur encore toute tendre ; Espoux, garde-toy bien de brusquement la prendre;- 11 la faut laisser croistre, et ne faut simplement Que tenter ceste nuict le plaisir seulement.

Comme tes anscroistront les sien ^3 prendront croissance; Lors d'elle à plein souhait tu auras jouissance. Et trouveras meilleur mille fois le plaisir.

Car l'attente d'un bien augmente le désir*.

Or, le soir est venu, entrez en vostre couche. Dormez bras contre bras et bouche contre bouche ; La concorde à jamais habite en vostre lit.

Chagrin, dissension, jalousie et despit Ne vous troublent jamais, ains^ d'un tel mariage Puisse naistre bientost un généreux lignage Meslé du sang lorrain et du sang de Valois, Qui Parthenope encor remette sous ses lois, Et puisse couronner ses royales armées Sur le bord du Jourdain de palmes Idumées... [2\

1 . Cf. Malherbe, sur le Ma- Corneille, Polyeucte^ I, i. riage dv, roi ei de la reiney et 2. Mais".

. PBRROT 1.

O Lucine-Junon^ qui aux nopces présides.

Et de paons accouplés ta belle coche * guides Aussi tost que les vents là où tu veux aller, Soit sur mer ou sur terre, au ciel ou dedans l'air, Vien avecques ta fille, amyable s et bénigne, Favoriser le jour des nopces de Claudine.

Comme une belle rose est l'honneur du jardin, Qui au rais du soleil est éclose au matin, Ainsy Claudine l'est de toutes les bergères, Et les passe d'autant qu'un pin fait les fougères. Nulle ne l'a gaignée à sçavoir façonner Un chapelet* de fleurs pour son chef couronner; Nulle ne sait mieux joindre au lys la fraische rose. Nulle mieux sur la gaze un dessein ne compose De fil d'or et de soye, et nulle ne sçait mieux Conduire de Pallas les arts ingénieux.

Comme parmi ces bois volent deux tourterelles Que je voy tous les jours se caresser des ailes. Se baiser l'une l'autre, et ne s'entre-eslongner. Mais constantes de foy tousjours s'accompagner. Qui de leur naturel jusqu'à la mort n'oublient Les premières amours qui doucement les lient ; Ainsi puisses-tu vivre en amoureux repous * Jusqu'à la mort, Claudine, avecque ton espous.

Je m'en vay sur le bord des rives plus secrettes Cueillir dans mon panier un monceau de fleurettes. Afin de les semer sur ton lict génial s, Et chanter à l'entour ce beau chant nuptial :

D'une si belle fille est heureuse la mère, Son père est bien heureux, et bien heureux son frère ; Mais plus heureux cent fois et cent encor sera Qui d'un masle héritier enceinte te fera.

Heureux sera celuy qui aura toute pleine

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