A LA COMEDIE DE FONTAINE-BLEAU
Je suis Amoup, le grand rnaistre des dieux.
Je suis celuy qui fait mouvoir les cieux.
Je suis celuy qui gouverne le monde, Qui, le premier hors de la masse esclos, Donnay lumière et fendi le chaos Dont fut basti ceste machine ronde.
Rien ne sauroit à mon arc résister, Rien ne pourroit mes flèches éviter.
Et enfant nu je fais tousjours la guerre; Tout m'obéit : les oiseaux esmaillez, Et de la mer les poissons escaillez.
Et les mortels héritiers sur la terre.
La paix, la trêve et la guerre me plaist ; Du sang humain mon appétit se paist, Et volontiers je m'abreuve de larmes ; Les plus hautains sont pris à mon lien, Le corselet au soldat ne sert * rien.
Et le harnois ne défend les gendarmes.
Je tourne et change et renverse et desfais Ce que je veux, et puis je le refais.
Et de mon feu toute ame est échaufée; Je suis de tout le seigneur et le roy ; Rois et seigneurs vont captifs devant moi, Et de leurs cœurs je bastis mon trophée .
De Jupiter le sceptre j'ay donté.
Jusqu'aux enfers j ay Pluton surmonté, Et de Neptune ay blessé la poitrine.
De rien ne sert aux ondes la froideur, Que les tritons ne sentent mon ardeur,