‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 281 sur 361 · Chat-huant (L., ctv, de Chat- 8. Malherbe · texte numérisé non relu

Chat-huant (L., ctv, de Chat- 8. Malherbe

Qu'elle me fait tout tremblant devenir, Tant du penser m'est doux le souvenir.

Quand le printemps poussoit l'herbe nouvelle, Qui de couleurs se faisoit ainsi belle Qu'est la couleur d'un gaillard papegay ^ Bleu, pers2, gris, Jaune, incarnat et vert-gay. Dès le matin, avant que les avettes ^ Eussent succé la douceur des fleurettes Qui embasmoient les jardins d'environ, Vous amassiez dedans vostre giron.

Comme une fleur entre les fleurs assise, La couleur jaune, incarnate et la grise, Tantost la rousse à la blanche, et aussi Le rouge œillet au jaunissant soulci, La pasquerette aux petites pensées.

L'une sur l'autre en un rond amassées.

Un beau bouquet faisiez de vostre main.

Que vous cachiez une heure en vostre sein ; Puis me baisant, au sortir de la porte Me le donniez d'une si douce sorte.

Que tout le jour j'en sentoy revenir La fleur à l'œil, au cœur le souvenir.

A mon retour «les champs ou de là ville.

D'une main blanche à presser bien subtile Vous m'accoliez, et en cent et cent lieux Vous me baisiez et la bouche et les yeux De vostre langue à baiser bien apprise.

Tantost fronciez les plis de ma chemise, A chasque ply me baisant, ou mordant D'un petit trait mon front de vostre dent; Tantost friziez de vostre main vermeille Mes blonds cheveux à l'entour de l'aureille... [4|

Mais ce plaisir que j'alloy recevant.

En peu de jours se perdit comme vent.

Et l'amitié chaudement allumée

1. Perroquet (N.; L.; Br. Dict.; 2. Autre sorte de bleu*. Roquef.). 3. Abeilles*.

S'assoupit toute et devint en fumée, Fust que* le ciel le commandoit ainsi, Kust vostre faute ou fust la mienne aussi, Fust par maliieur ou par cas d'aventure, Fust que chacun ensuivist * sa nature Par trop encline aux nouvelles amours; Ah I fier destin I nous rompismes le cours.

Sans y penser, de l'amitié première, Quand plus l'ardeur couroit en sa carrière; Si que ' laissant le vieil pour le nouveau, Par inconstance et fureur de cerveau.

Tous deux picquez d'estrangcs frenaisies.

En autre part mismes nos fantaisies.

Si que tous deux faschez de trop de loy, Fusmes contents de rompre nostre foy Pour la donner à de moindres peut-estre ; Ainsi Amour de toutes choses maistrc.

Ainsi le ciel et la saison des temps Furent et sont et seront inconstants !

Puis de tel fait la. faute est excusable.

Venus qui fut déesse vénérable.

Navrée* au cœur des fiâmes et des dards De son enfant, aima bien le dieu Mars, Ce grand guerrier nourrisson de la Thrace, Peste et terreur de nostre humaine race ; Puis en quittant les amours de ce dieu.

Elle choisit Adonis en son lieu ; Puis se faschant d'Adonis, fut éprise D'un pastoureau, d'un Phrygian Anchise Qui habitoitle sommet Idéan; Puis en laissant ce pasteur phrygian, Aima Paris de la mesme contrée.

Tant elle fut de son plaisir outrée.

Elle fît bien d'avoir de tous pitié :

Rien n'est si- sot qu'une vieille amitié.

Page 1