PROMESSE
C'estoit au poinct du jour que les songes certains Ne déçoivent l'esprit ny les yeux des humains : Mais comme du haut ciel prophètes véritables Viennent maintenant vrais, maintenant vraisemblables. Et sans tromper nos sens par une vanité, Dessous un voile obscur monstrent la vérité.
Ainsi que je dormois donnant repos à Tame, En soiige m'apparul l'image d'une dame, Qui monstroit à son port n'estre point de bas lieu, Ains sembloit, à la voir, sœur ou femme d'un dieu.
Ses cheveux estoient beaux, et les traits de sa face Monstroient diversement je ne sçay quelle grâce Qui dontoit les plus fiers, et d'un tour de ses yeux Eust appaisé la mer et serené les cieux.
Elle portoit au front une majesté sainte ; Sa bouche en souriant de roses estoit peinte ; Elle estoit vénérable, et quand elle parloit Un parler emmiellé de sa lèvre couloit; Elle avoit le sein beau, la taille droitte et belle'; Et soit qu'elle marchast, soit qu'on approchast d'elle. Soit riant, soit parlant, soit en mouvant le pas. Devisant, discourant, elle avoit des appas.
Des rets, des hameçons, et de la glus pour prendre Les crédules esprits qui la vouloient attendre ; Car on ne peut fuir, si tost qu'on Tapperçoit, Que de son doux attrait prisonnier on ne soit, Tant elle a de moyens, d engins et de manières Pour captiver à soy les âmes prisonnières.
Sa robe estoit dorée, à boutons par devant ; Elle avoit en ses mains des ballons pleins de vent. Des sacs pleins de fumée, et des bouteilles pleines D'honneurs et de faveurs et de parolles vaines ; Si quelque homme advisé les cassoit de la main,
En lieu d'un ferme corps n'en sortoit que du vain ; Telle enflure se voit es torrens des vallées. Quand le dos escumeux des ondes ampoullées ^ S'enfle dessous la pluye en bouteilles*, qui font Une monstre d'un rien, puis en rien se deffont.
Autour de ceste nymphe erroit une grand* bande Qui d'un bruit importun mille choses demande, Seigneurs, soldats, marchans, courtisans, mariniers; Les uns vont les premiers, les autres les derniers, Selon le bon visage et selon la caresse Que leur fait en riant ceste brave déesse ; Elle allaicte un chacun d'espérance, et pourtant Sans estre contenté chacun s'en va contant.
Elle donne à ceux-cy tantost une accolade, Tantost un clin de teste et tantost une œillade ; Aux autres elle donne et faveurs et honneurs, Et de petits valets en fait de grands seigneurs.
A son costé pendoit une grande escarcelle.
Large, profonde, creuse, où ceste damoiselle Mettoit cent mille biens, et en monstroit le front Tout riche par dehors, comme les marchans font ; En estaloit la monstre, à fin qu'on eust envie. Voyant l'ombre du bien, de lui sacrer 3 la vie. Dedans ceste escarcelle estoient les eveschez. Abbayes*, prieurez, marquisats et duchez, Comtez, gouvernemens, pensions, et sans ordre Pendoient au fond du sac Sainct Michel et son ordre. Crédits, faveurs, honneurs, estats petits et hauts, Connestables et pairs, mareschaux, admiraux, Chanceliers, presidens, et autre maint office Qu'elle promet à fin qu'on luy face service.
Tous les peuples estoient envieux et ardans D'empoigner l'escarcelle et de fouiller dedans; Admiroient son enflure, et avoient l'ame esmue D'extrême ambition si tost qu'ils l'a voient veue ;