A LA MESME ROYNE
^ Madame, je serois ou du plomb ou du bois.
Si moyquela nature a fait naistre François,
Aux races à venir je ne contois la peine
Et l'extrême malheur dont nostre France est pleine.
Je veux, maugré les ans, au monde publier D'une plume de fer sur un papier d'acier.
Que ses propres enfans l'ont prise et devestue. Et jusques à la mort vilainement batue.
Elle semble s au marchand, hélas I qui par malheur En faisant son chemin rencontre le volleur Qui contre l'estomach luy tend la main armée
1. La lame de l'épée (N.; L.; 2. Publié en 1564. Lab. Gl.; ChcT., Il, 127). 3. Ressemble*.
D'avarice cruelle et de sang affamée... [10]
Mais ces nouveaux tyrans qui la France ont pillée, Voilée, assassinée, à force despouillée, Et de cent mille coups le corps luy ont batu (Comme si brigandage estoit une vertu') Vivent sans chastiment, et à les ouïr dire C'est Dieu qui les conduit, et ne s'en font que rire.
Ils ont le cœur si fol, si superbe et si fier, Qu'ils osent au combat leur maistre desfier ; Ils se disent de Dieu les mignons, et au reste Qu'ils sont les héritiers du royaume céleste. Les pauvres insensés ! qui ne cognoissent pas Que Dieu père commun des hommes d'icy bas Veut sauver un chacun, et que la grand' closture Du grand paradis s'ouvre à toute créature Qui croit en Jesus-Christ. Certes beaucoup de lieux Et de sièges seroient sans âmes dans les cieux. Et paradis seroit une plaine déserte.
Si pour eux seulement la porte estoit ouverte.
Or eux se vantant seuls les vrais enfans de Dieu, En la dextre ont le glaive et en l'autre le feu. Et, comme furieux qui frappent et enragent.
Voilent les temples saincts, et les villes saccagent.
Et quoy ? brusler maisons, piller et brigander. Tuer, assassiner, par force commander.
N'obéir plus aux rois, amasser des armées.
Appelez-vous cela Eglises reformées ?
Jésus, que seulement vous confessez icy De bouche et non de cœur, ne faisoii pas ainsi ; Et sainct Paul en preschant n'avoit pour toutes armes Sinon l'humihté, lesjeusnes et les larmes; Et les pères martyrs, aux plus dures saisons Des tyrans, ne s'armoient sinon que d'oraisons, Bien qu'un ange du ciel, à leur moindre prière. En soufflant eust rué les tvrans en arrière.
Mais par force on ne peut paradis violer ; Jésus nous a monstre le chemin d'y aller.
Armez de patience il faut suivre sa voye ;
Celuy qui ne la suit se damne et se fourvoyé... [34]
De Beze, je te prie, escoute ma parolle.
Que tu estimeras d'une personne folle ; S'il te plaist toutesfois de juger sainement^ Après m'avoir ouy tu diras autrement.
La terre qu'aujourd'huy tu remplis toute d'armes, Y faisant fourmiller grand nombre de gendarmes... [6]. De Beze, ce n'est pas une terre gothique, Ny une région Tartare ny Scythique ; C'est celle où tu nasquis, qui douce te receut, Alors qu'à Vezelay ta mère te conceut ; Celle qui t'a nourry et qui t'a fait apprendre La science et les arts dès ta jeunesse tendre. Pour luy faire service et pour en bien user.
Et non, comme tu fais, à fin d'en abuser.
Si tu es envers elle enfant de bon courage, Orès que tu le peux, rends-luy son nourrissage.*. Retire tes soldarts 2, et au lac Genevois (Comme chose exécrable) enfonce leur harnois.
Ne presche plus en France une Evangile ' armée. Un Christ empistolé * tout noirci de fumée.
Portant un morion en teste, et dans sa main Un large coutelas rouge de sang humain... [36]
Appellez-vous athée
Celuy qui dès enfance onc du cœur n'a ostée
La foy de ses ayeuls ? qui ne trouble les lois
De son pays natal, les peuples ny les rois ?
Appellez-vous athée un homme qui mesprise
Vos songes contre-faits, les monstres de l'Eglise ?
Qui croit en un seul Dieu, qui croit au Sainct Esprit,
Qui croit de tout son cœur au sauveur Jesus-Christ ?
Appellez-vous athée un homme qui déteste
Et vous et vos erreurs comme infernale peste?... [28]
Ah ! que vous estes loing de nos premiers docteurs. Qui sans craindre la mort ny les persécuteurs. De leur bon gré s'offroient aux plus cruels supplices,