‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 342 sur 361 · Soldats*. 1. Arraé de pistolets · texte numérisé non relu

Soldats*. 1. Arraé de pistolets

Sans envoyer pour eux je ne sçay quels novices I

Que vit tant à Genève un Calvin desja vieux, Qu'il ne se fait en FYance un martyr glorieux Souffrant pour sa parolle? O âmes peu hardies ! Vous ressemblez à ceux qui font les tragédies, Lesquels sans les jouer demeurent tous craintifs. Et en donnent la charge aux nouveaux apprentifs ^ Pour n'eatre poinct mocquez ni sifflez, si l'issue De la fable n'est pas du peuple bien receue... [32]

Les apostres jadis preschoient tous d'un accord ; Entre vous aujourd'huy ne règne que discord ; Les uns sont Zvingliens, les autres Lutheristes, Les autres Puritains, Quintins, Anabaptistes, Les autres de Calvin vont adorant les pas.

L'un est prédestiné et l'autre ne l'est pas, Et l'autre enrage après l'erreur Muncerienne, Et bien tost s'ouvrira l'escole Bezienne.

Si bien que ce Luther lequel estoit premier, Chassé par les nouveaux est presque le dernier ; Et sa secte qui fut de tant d'hommes garnie Est la moindre des neuf qui sont en Germanie.

Vous devriez pour le moins, avant que nous troubler, Estre ensemble d'accord sans vous desassembler ; Car Christ n'est pas un dieu de noise ny discorde : Christ n'est que charité, qu'amour et que concorde. Et monstrcz clairement par la division Que Dieu n'est point autheur de vostre opinion.

Mais monstrez-moy quelqu'un qui ait changé de vie Après avoir suivy vostre belle folie !

J'en voy qui ont changé de couleur et de teint. Hideux en barbe longue et en visage feint.

Qui sont plus que devant tristes, mornes et pâlies, Comme Oreste agité de fureurs infernales.

Mais je n'en ay point veu qui soient d'audacieux Plus humbles devenus, plus doux ny gracieux.

De paillards continens, de menteurs véritables,

1. Ane. ortliogr. d'apprenti (L.; Montaigne, II, iii; sans I dansN.).

D'effrontez vergongneux, de cruels charitables. De larrons aumosniers S et pas un n'a- changé Le vice dont il fut auparavant chargé... [48J

L'autre jour, en pensant que cest« pauvre terre S'en alloit (ô mal-heur I) la proye d'Angleterre, Et que ses propres fils amenoient l'estranger Qui boit les eaux du Rhin, à fin de l'outrager, M'apparut tristement l'Idole de la France, Non telle qu'elle estoit lorsque la brave lance De Henry la gardoit, mais foible sans confort. Comme une pauvre femme atteinte de la mort.

Son sceptre luy pendoit, et sa robe semée De fleurs de lys estoit en cent lieues entamée ; Son poil estoit hideux, son œil hâve et profond. Et nulle majesté ne luy haussoit le front.

En la voyant ainsi, je luy dis : ■ O princesse. Qui presque de l'Europe as esté la maistrese, Mère de tant de roys, conte-moy ton malheur, Et dy-moy, je te pri*, d'où te vient ta douleur ? »

Elle adonc < en tirant sa parolle contrainte, Souspirant aigrement, me fit ainsi sa plainte :

« Une ville est assise es champs savoysiens.

Qui par fraude a chassé ses seigneurs anciens, Misérable séjour de toute apostasie, D'opiniastreté, d'orgueil et d'heresie.

Laquelle (en ce-pendant que les rois augmentoient Mes bornes, et bien loin pour l'honneur combatoient) Appellant les banis en sa secte damnable, M'a fait comme tu vois chetive et misérable.

« Or mes rois, cognoissans qu'une telle cité Leurseroit quelque jour une infelicité^, Deliberoient assez de la ruer par terre ; Mais contre elle jamais n'ont entrepris la guerre ; Ou soit par négligence, ou soit par le destin, Entière ils l'ont laissée et de là vient ma fin.

• Comme ces laboureurs, dont les mains inutiles

1. Adj. qui fait l'aura. (N.; L.)- 3. Le contraire de félic. (L.;

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