AlofsV Palsg., 231 ; Pougens
Laissent pendre rbyver un toufeau ^ de chenilles Dans une fueille seiche au faiste d'un pommier ; Si tost que le soleil de son rayon premier A la fueille eschauffée, et qu'elle est arrosée Par deux ou par trois fois d'une tendre rosée. Le ▼cnin, qui sembloit par l'hyver consumé, En chenilles soudain apparoist animé, Qui tombent de la fueille, et rampent à grand' peine. D'un dos entre-cassé ^ au milieu de la plaine. L'une monte en un chesne et l'autre en un ormeau, Et tousjours en mangeant se trainent au coupeau ^ ; Puis descendent à terre, et tellement se paissent Qu'une seule verdure en la terre ne laissent.
« Alors le laboureur voyant son champ gasté, Lamente pour néant * qu'il ne s'estoit hasté D'estouffer de bonne heure une telle semence ; II voit que c'est sa faute et s*en donne l'offense.
« Ainsi lorsque mes rois aux guerres s'eflforçoient, Toutes en un monceau ces chenilles croissoient I Si qu'en moins de trois mois telle tourbe enragée Sur moy s'est espandue, et m'a toute mangée. , . [21J
m Toutesfois en mon mal je n'ay perdu le cœur. Pour avoir une royne à propos rencontrée^ Qui douce et gracieuse envers moy s'est monstrée... (12)
« Puis quand je voy mon roy, qui desja devient grand, Qui courageusement me soustient et défend Je suis toute guarie, et la seule apparence D'un prince si bien né me nourrit d'espérance . . [28j
« Cependant pren la plume, et d'un style endurci Contre le trait des ans, engrave tout cecy, A fin que nos nepveux puissent un jour cognoistre Quel'hommeest mal-heureux qui se prend à son maistre.»
Ainsi par vision la France à moy parla.
Puis s'esvanouissant de mes yeux s'en -vola Comme une poudre au vent, ou comme une fumée Qui se jouant en l'air est en rien consumée.