Avant que". 4. Envers
De quoy te sert là haut la foudre et le tonnerre Si d'un esclat de feu tu n'en brusles la terre ? Es-tu dedans un throsne assis sans faire rien ? Il ne faut point douter que tu ne sçaches bien Cela que contre toy brassent tes créatures, Et toutesfois. Seigneur, tu le vois et l'endures !
Ne vois-tu pas du ciel ces petits animaux^ Lesquels ne sont vestus que de petites peaux. Ces petits animaux qu'on appelle les hommes Qu'ainsi que bulles d'eaux tu crevés et consommes ', Que les doctes Romains et les doctes Grégeois Nomment songe, fumée et fueillage des bois, Qui n'ont jamais icy la vérité cognue Que je ne sçay comment ou par songe ou par nue ? Et toutesfois, Seigneur, ils font les empeschez. Comme si tes secrets ne leur estoient cachez. Braves entrepreneurs et discoureurs des choses Qui aux entendemens de tous hommes sont closes, Qui par longue dispute et curieux propos Ne te laissent jouir du bien de ton repos, Qui de tes sacremens effacent la mémoire, Qui disputent en vain de cela qu'il faut croire. Qui font trouver ton fils imposteur et menteur ; Ne les puniras-tu, souverain créateur. . . [126)
Comment pourrions-nous bien avec nos petits yeux Cognoistre clairement les mystères des cieux. Quand nous ne sçavons pas régir nos republiques, Ny mesmes gouverner nos choses domestiques ?
Quand nous ne cognoissons la moindre herbe des prez? Quand nous ne voyons pas ce qui est à nos piez ? Toutefois les docteurs de ces sectes nouvelles, Comme si l'Esprit Sainct avoit usé ses ailes A s'appuyer sur eux, comme s'ils en avoient eu Du ciel dru et menu mille langues de feu 2, Et comme s'ils avoient (ainsi que dit la fable DeMinos) banqueté des hauts dieux à la table,
1, Consumes*. 2. Sur cette rime, t. p. 243.
Sans que honte et vergongne en leur cœur trouve lieu.
Parlent profondement des mystères de Dieu ;
Ils sont ses conseillers, ils sont ses secrétaires ^
Ils sçavent ses advjs, ils sçavent ses affaires,
Ils ont la clef du ciel et y entrent tous seuls s.
Ou qui veut y entrer il faut parler à eux.
Les autres ne sont rien sinon que grosses bestes,
Gros chapperons fourrez 3, grasses et lourdes testes.
Sainct Ambrois, sainct Hierosme, et les autres docteurs
N'estoient que des rêveurs, des fols et des menteurs... [8]
Il ne faut pas avoir beaucoup d'expérience Pour estre exactement docte en vostre science ; - Les barbiers, les maçons en un jour y sont clercs. Tant vos mystères saincts sont cachez et couvers.
Il faut tant seulement avecques hardiesse Détester le papat *, parler contre la messe, Estre sobre en propos, barbe longue, et le front De rides labouré, l'œil farouche et profond, Les cheveux mal peignez, le sourcy qui s'avale ^, Le maintien refrongné, le visage tout pasle, Se monstrer rarement, composer maint escrit, Parler de rEternel, du Seigneur et de Christ... [4] Avoir sainct Paul en bouche et le prendre à la lettre. Aux femmes, aux enfants l'Evangile permettre, Les œuvres mespriser et haut-louer la foy.
Voila tout le sçavoir de vostre belle loy.
J'ay autrefois gousté, quand j'estois jeune d'âge. Du miel empoisonné de vostre doux breuvage; Mais quelque bon daimon m'ayant ouy crier Avant que Tavaller me l'osia du gosier. . . [24]
O Seigneur, tu devrois, pour chose nécessaire, Mettre l'opinion aux talons, et la faire Loin du chef demeurer, et non pas l'apposer
1. Confident, premier sens (N.; 3. Bonnets fourrés (N.; Ro- L.; Ménage, Com. sur Malherbe, quef.), au fig. docteurs (L., Mat.). Godefroy, Lex. de Corn.). 4. La papauté (L).
2. Pron. seux (Quich. Vers., 5. Qui s'abaisse (N.; L,), c, à d, p. 374). Cf. p. 200, 286. le sourcil froncé,
Si près de la raison/à fin de l'abuser?
Comme un meschant voisin, qui abuse à toute heure
Celuy qui par fortune auprès de luy demeure.
Ce monstre, qui se coule en nos cerveaux, après Va gaignant la raison laquelle habite auprès. Et alors toute chose en l'homme est desbordée. Quand par l'opinion la raison est guidée.
La seule opinion fait les hommes armer, Et frère contre frère au combat animer ; Perd la religion, renverse les grand's villes, Les couronnes des rois, les polices civiles ; Et après que le peuple est sous elle abatu, Lors le vice et Terreur surmontent la vertu... [112]
Nous sçavons bien,Seigneur,que nos fautes sont grandes. Dignes de châtiment ; mais, Seigneur, tu demandes Pour satisfaction un courage contrit.
Un cœur humilié, un pénitent esprit.
Et pource. Seigneur Dieu, ne punis en ton ire Ton peuple repentant qui lamente et souspire. Qui te demande grâce ; et, par triste meschef. Les fautes de ses roys ne tournent sur son chef... [46|
O vous, doctes prélats, poussez du Saint-Esprit, Qui estes assemblez au nom de Jesus-Christ, Et taschez sainctement par une voye utile De conduire l'Eglise à l'accord d'un concile ; Vous-mesmes les premiers, prélats, reformez-vous. Et comme vrais pasteurs faites la guerre aux loups ; Ostez l'ambition, la richesse excessive; Arrachez de vos cœurs la jeunesse lascive.
Soyez sobres de table et sobres de propos ; De vos troupeaux commis cherchez-moy le repos. Non le vostre, prélats ; car vostre vray office Est de prescher sans cesse et de chasser le vice.
Vos grandeurs, vos honneurs, vos gloires despouillez ; Soyez- moy de vertus, non de soye habillez ; Ayez chaste le corps, simple la conscience ; Soit de nuit, soit de jour, apprenez la science ; Gardez entre le peuple une humble dignité.
Et joignez la douceur avec la gravité... [12]
Vous, juges des citez, qui d'une main égale Devriez administrer la justice royale.
Cent et cent fois le jour mettez devant vos yeux Que Terreur qui pullule en nos séditieux Est vostre seule faute, et, sans vos entreprises. Que nos villes jamais n'eussent esté surprises.
Si vous eussiez puny par le glaive trencbant Le huguenot mutin, l'heretique meschant.
Le peuple fust en paix ; mais vostre connivence A perdu la justice et l'empire de France.
Il faut, sans avoir peur des princes. ny des rois. Tenir droit la balance, et ne trahir les lois De Dieu, qui sur le fait des justices prend garde. Et assis aux sommets des citez vous regarde. ' Il perce vos maisons de son œil tout-voyant.
Et, grand juge, cognoit le juge fourvoyant* Par présent alléché ou celuy qui par crainte Corrompt la majesté de la justice saincte... [46]
Et vous, nobles aussi, qui n'avez renoncée * La foy de père en fils qui vous est annoncée, Soustenez vostre roy, mettez-luy derechef Le sceptre dans la main et la couronne au chef, ' N'espargnez vostre sang, vos biens ny vostre vie : Heureux celuy qui meurt pour garder sa patrie !
Vous, peuple, qui du coutre et des bœufs accouplez Fendez la terre grasse et y semez des blez ; Vous, marchans, qui allez les uns sur la marine. Les autres sur la terre, et de qui la poitrine N'a humé de Luther la secte ni la foy, Monstrez-vous à ce coup bons serviteurs du roy ! Et vous., sacré troupeau, sacrez mignons des Muses, Qui avez au cerveau les sciences infuses.
Qui faites en papier luire vos noms icy Comme un soleil d'esté de rayons esclaircy.
De nostre jeune prince escrivez la querelle