‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 4 sur 361 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

critique, el elles étaient accompagnées d'un commentaire perpétuel qui en faisait ressortir les grâces méconnues et contenait l'essence de la poétique nouvelle. Cette publication eut tout le succès qu'en avait espéré Tauteur. En 1840, M. Paul Lacroix donna un volume iVOEuvres choisies; et, en 1862, M. Noël publia encore un Choix de poésies de Ronsard, choix plus ample, en deux volumes, mais dans lequel l'éditeur avait introduit Torthographe moderne. En outre, de 1857 à 1867, M. P. Blanchemain menait à bonne fin Timpression des OEuvres complètes de Ronsard, édition précieuse par la restitution des premiers textes donnés par le poète. Ajoutons qu*on attend encore Tédition que promet M. Marty-Laveaux et qui doit s'ajouter aux œuvres déjà publiées de Du Bellay et de Jodelle.

Le succès de ces différentes publications nous fait espérer que le lecteur accueillera favorablement le volume que nous lui ofifrons, et sur la composition duquel nous devons donner quelques explications. .

Nous avons placé en tôte la Vie de Ronsard par Claude Binet. Bien quMl ait un style souvent dififus, Cl. Binet a sur tous les autres biographes Tavantage d'avoir été le contemporain, Tami et le disciple de Ronsard ; il a ressenti pour lui cette admiration et cet enthousiasme que partagèrent les plus éclairés et les plus beaux esprits du seizième siècle, et en plus d*un endroit ses accents nous donnent la mesure de la grande renommée de Ronsard. Mais cette biographie a des longueurs qui nuisent à sa clarté ; nous y avons fait çà et là quelques coupures.

Dans le choix des pièces, nous avons d*abord procédé librement, suivant notre impression personnelle; nous avons ensuite comparé le résultat de ce premier travail avec celui de nos devanciers. Toutefois, une difficulté se présentait; bien des pièces ne pouvaient être données complètes. Les unes, en effet, trop longues pour être ci-

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tées en entier, les autres, peu susceptibles de plaire aujour(I*hui, renfermaient cependant des parties véritablement remarquables ; il était nécessaire de les détacher pour les mettre sous les yeux du lecteur. Nous avons donc dû nous décider à donner des fragments. Souvent aussi nous avons cru utile de faire des coupures; nous y avons trouvé ravantage de faire enircr dans ce volume un beaucoup plus grand nombre de pièces. Mais, en agissant ainsi, nous avons en quelque sorte voilé un des défauts communs à tous les poètes du seizième siècle, la prolixité dans rénumération. Pour remédier, autant que possible, à ce léger inconvénient, nous avons partout eu le soin d'indiquer entre des crochets [] le nombre de vers omis. Dans plusieurs pièces, et surtout dans la Franciade, nous avons relié les fragments cités par quelques lignes explicatives.

Pour le texte nous avons conservé généralement celui des premières éditions; c'est le meilleur, il brille du feu de la jeunesse et décèle une véritable ivresse poétique. Quant à Torthographe, nous avons gardé celle de Ronsard ou, pour parler plus exactement, celle des éditions publiées de son vivant. A cet égard, rien n*était fixe encore dans cette seconde moitié du seizième siècle, agitée par des tentatives de réformes en tout genre. Ronsard, comme tous les poètes de son temps, en agit fort librement avec l'orthographe el la modifie à chaque instant, parfois sans nécessité, écrivant un mot de trois ou quatre façons différentes, mais le plus souvent pour la mesure ou pour la rime, ajoutant ou rejetant des lettres, faisant permuter les unes avec les autres, modifiant les sons et ne faisant aucune distinction entre les nasales.

Pour les accents, qui sont d*un usage relativement moderne et qu*il faut se garder de prodiguer dans les textes anciens, nous avons pensé toutefois qu'il y avait lieu,

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pour jfaciliter la lecture de Kohsard, d*adopter quelques règles fixes. Nous avons donc placé l'accent : !<> sur \*é final ou suivi d*un e muet {vérité, pensée^ prées) ; 2* sur la finale es {aprè^\ finale toujours muette (excepté dans les^ de$t mes, tes, ses, etc.) quand elle n*a pas d*accent (après), et que d'ailleurs, dans le pluriel des noms en é et des participes passés, Ronsard adoucit presque toujours en ez (prez, esvechez, préparez) ; 5« sur Vê suivi d'une autre voyelle, quand il doit se prononcer (ainsi géanty obéissant, océan; mais non sur Ye de it accreut, fai peu, je veis, parce qu'on prononçait il accrut, fai pu, je vis) ; 40 sur Ve, dans le corps des mots, quand 1*^ destinée à indiquer sa prononciation est omise {esveiller, ébeiller, arrester, arrêter).

Les notes devaient forcément être nombreuses au bas d*un texte dont les révolutions du langage ont, depuis trois cents ans, rendu beaucoup de termes obscurs, en rejetant les uns hors de Tu sage et en modifiant le sens et le genre des autres; d'autant que Ronsard, loin de puiser des mots nouveaux, comme on Ta trop répété, dans les langues mortes d*Athènes et de Rome, s'ingéniait à faire revivre les vieux vocables français que les dialectes populaires maintenaient et maintiennent encore en honneur. Quoique nombreuses, ces notes devaient être brèves pour n'empiéter que le moins possible sur le texte; et cependant il nous a paru nécessaire qu'elles continssent, outre l'explication des mots, un commencement d'information scientifique. Nous pensons avoir réalisé ces diverses conditions au moyen d'abréviations enfermées entre parenthèses, et dont nous donnons une liste à la fin de cet Avertissement. Elles permettront au lecteur de se former une idée générale de l'historique d'un mot ; c'est ainsi que les simples abréviations (N. ; J. Gl.) lui apprendront que tel.mot, se trouvant dans Nicot, appartient à la langue du

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seizième siècle, et qu'il est encore m usage dans nos provinces du Centre, Nous n*insiatoos pas sur ces notules, qui n*ont d'autre aunbition que de satisfaire, dans des bornes très étroites, la curiosité légitime du lecteur. Nous voulons toutefois, en passant, (aire ressortir ce fait digne d'alientien, qui aclièvera de ruiner bien des préjugés littéraires, c'est que dans les douae ou treize mille vers que renferme ee volume il ne se trouve pas un seul véritable néologisme.

Un astérisque placé à la suite d*une note indique que le mot expUqué a d^ été Pobjet d'une observation et qu'il faut se reporter à l'Index. Ce dernier nMndique pas tous les passages où un mot se trouve employé, mais seulement ceux où l'explication est accompagnée d'une renarque.

Après l'index des mots vient un second Index consacré à la versification. Il est forcément incomplet» puisque ce volume ne contient qu'un choix de pièces; il suffira néanmoins à donner une idée de la richesse des rythmes chez Ronsard en même temps que de l'habile diversité de son art. On verra avec quelle dextérité Ronsard manie tous les mètres, jusqu'à l'alexandrin, qui prend dans les Discours une ampleur qu'on n'a pas surpassée.

Ce volume, dans ses dimensions restreintes, ne pouvait donner plaoe à des remarques sur la versiûcaiion, le style et la syntaxe. Le lecteur remarquera de lui-môme les enjambements fréquents et souvent heureux, l'habile disposition des césures et parfois leur absence calculée dans des vers qui passent tout d'un vol, partout l'harmonie du langage et cette musique des vers qu'aucun autre poète D*a possédée au môme degré, et, au point de vue poétique» cette science des longues comparaisons qu'ils comme dérobée au grand Homère. En ce qui regarde la grammaire et la syntaxe, on remarquera de môme la suppres-

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