Char*. 2. V. A. Chénier, p. xcvii
D'Amour qui m'eschaufe Tame, Y voyant de tous costez
Les beauté/ Qu'il emprunte de ma dame.
Quand je voy tant de couleurs
Et de fleurs Qui esmaillent un rivage, Je pense voir le beau teint
Qui est peint Si vermeil en son visage.
Quand je voy les grands rameaux
Des ormeaux Qui sont lacez de lierre, Je pense estre pris es laz
De ses bras, Et que mon col elle serre.
Quand j'enten la douce vois
Par les bois Du beau rossignol qui chante, D'elle je pense jouyr,
Et ouyr Sa douce voix qui m'enchante.
Quand Zephyre meine un bruit
Qui se suit Au travers d'une ramée, Des propos il me souvient
Que me tient Seule à seul ma bien-aimée... [6J
Quand je voy dans un jardin
Au matin S'esclore une fleur nouvelle.
J'accompare le bouton
Au teton De son beau sein qui pommelle ^.
Quand le soleil tout riant
D'orient Nous monstre sa blonde tresse, Il me semble que je voy
Devant moy Lever ma belle maistresse.
Quand je sens, parmi les prez
Diaprez, Les fleurs dont la terre est pleine, Lors je fais croire à mes sens
Que je sens La douceur de son haleine.
Bref, je fais comparaison
Par raison Du printemps et de m'amie :
Il donne aux fleurs la vigueur.
Et mon cœur D'elle prend vigueur et vie.
Je voudrois au bruit de l'eau
D'un ruisseau Desplier ses tresses blondes, Frizant en autant de nœus 2
Ses cheveux Que je verrois friser d'ondes.
Je voudrois, pour la tenir.
Devenir Dieu de ces forests désertes, La baisant autant de fois