SONNETS RETRANCHÉS
Tendit sur l'arbre tous ses las.
Mais quand il vit qu'il ne pouvoit (Pour quelques gluaux qu'il peust tendre) Ce cauteleux oyseau surprendre, Qui voletant le decevoit.
Il se print à se mutiner Et, jettant sa glus de colère.
Vint trouver une vieille mère Qui se mesloit de deviner.
Il luy va le fait avouer.
Et sur le haut d'un buys lui monstre L'oyseau de mauvaise rencontre, Qui ne faisoit que se jouer.
La vieille en branlant ses cheveux.
Qui ja 1 grisonnoient de vieillesse, Luy dit : « Cesse mon enfant, cesse, Si bien tost mourir tu ne veux.
De prendre ce fier animal.
Cet oyseau, c'est Amour qui vole, Qui tousjours les hommes afFole* Et jamais ne fait que du mal.
O que tu seras bien heureux Si tu le fuis toute ta vie.
Et si jamais tu n'as envie D'estre au rolle des amoureux I
Mais j'ay grand doute* qu'à l'instant Que d'homme parfait auras l'âge.
Ce mal-heureux oyseau volafre.
Qui par ces arbres te fuit tant,
Sans y penser te surprendra. Comme une jeune et tendre questeS Et, foullant de ses pieds ta teste.
Que 5 c'est que d'aimer t'apprendra. »