AU SIEUR BERTRAND BERGIER
La mercerie * que je porte, Bertrand, est bien d'une autre sorte Que celle que l'usurier vend Dedans ses boutiques avares, Ou celle des Indes barbares Qui enflent l'orgueil du Levant.
Ma douce navire*' immortelle Ne se charge de drogue telle, Et telle de moy tu n'attens, Ou, si tu l'attends, tu t'abuses :
Je suis le trafiqueur^ des Muses Et de leurs biens, maistres du temps.
Leur marchandise ne s'estalle Au plus offrant dans quelque halle, Car leur bien en vente n'est mis, Et pour l'or il ne s'abandonne ; Sans plus, libéral je le donne A qui me plaist de mes amis.
Reçoy donque ceste largesse, Et croy que c'est une richesse