‹ Poésies choisies et précédées d'une introductionChapitre 12 sur 13 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

T^REBsé de cent petits Amours,

Dont il ne pouvoit se deflFendre, Alcandre tenoit ce discours A son cœur facile à surprendre :

« Gardez bien que ces jeunes fous Ne se rendent maistres chez vous.

Ces ennemys du genre humain, Seuls autheurs de vostre misère, Tenans un flambeau dans la main, Viennent à vous pour vous mal faire; Je vois bien que ces petits fous Veulent mettre le feu chez vous.

Gonnoissez vous ces enragez ?

La belle Iris vous les envoie.

Si chez vous ils cstoient logez Vous n'auriez ny repos ny joie.

Gardez bien que ces petits fous Ne se rendent maistres chez vous.

On dit qu'ils sont issus des Dieux; Mais je crois que ce sont des fables : Iris les torme dans ses yeux.

Ils n'en sont pas moins redoutables !

Gardez bien que ces petits fous Ne se rendent maistres chez vous.

Des sages ils sont redoutez.

Ne voyez-vous pas cette belle Les envoier de tous costez Et n'en point retenir chez elle?

Gardez bien que ces petits fous Ne se rendent maistres chez vous.

En jouant, ces malicieux, Qui ne sont jamais raisonnables, Frappent comme des furieux; Et les blessés sont incurables !

Gardez bien que ces petits fous Ne se rendent maistres chez vous.

Pour vous tromper, ils vous feront

Cent agremens et cent caresses ;

Et les petits fourbes seront

Tousjours menteurs dans leurs promesses.

Gardez bien que ces petits fous

Ne se rendent maistres chez vous.

Mais, las I bien loin d'en avoir peur, Pour eux vous souspirez sans cesse.

Vous voulez vous rendre, mon cœur ; Et c'est en vain que je vous presse De fermer la porte à ces fous :

Je crois qu'ils sont desjà chez vous. »

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