POESIES CHOISIES 5I
Sam ressource à ce coup, le malheur me terrasse ; J« vois bien, mais trop tard, que le jeu m'tst fatal. Je ne puis résister à mon destin brutal; Chers amis, c'en est fait : il faut quitter la place.
Au moins, souvenez-vous que j'ai frayé la trace Par où les gens de biens s'en vont à l'hospital : Qui sçait bien despenser et n'emprunte pas mal Ne doit pas s'affliger de porter la besace.
Je ne suis plus nourry que par mes créanciers, Qui taschent, pour tirer payment de leurs deniers, De me faire survivre à tous ceux dont j'hérite.
Que mes jours sont suivis d'une bizare fin !
Les dettes me font vivre ; et, quand je seray quitte,
Je prévois qu'il faudra que je meure de faim !
Sur l'abbé de Tiesque
Abbé, vous avez la naissance, La bonne raine, et l'air des grands:
Ces avantages apparents Cachent un peu d'insuffisance:
Mais la longue persévérance A ne rien dire de bon sens Fait enfin descouvrir les gens :
Vous devez garder le silence.
Pour rendre parfait vostre corps Nature fit tous ses efforts, Et se donna tant d'avantage.
Que celuy qui forma l'esprit En fut jaloux, et de despit Refusa d'achever l'ouvrage.